mercredi 4 juillet 2007

Le quatrième cahier de Nijinsky

A gauche, Diaghilev, créateur des ballets russes, à droite, son danseur étoile Massine (?).


Cahier de brouillon à couverture noire et à petits carreaux, dont 69 pages sont de la main du Fou de Dieu.


Kajet ola zaje/cix (le e/ correspond au [in] français)
1919 - Village de Saint Morritz.


1 - Une lettre en polonais à Monsieur Resznie (6 pages) et traduite par Actes Sud.


2 - Une lettre en français de 7 pages, à une inconnue. Nijinsky la prie de remettre une lettre, sous pli, à un ami commun du nom de Dimitri Kostrowsky.
La lettre à Kostrowsky a été rédigée en Russe sur la même page du cahier que celle écrite à l'attention de l'inconnue. Cette seconde lettre a été traduite et publiée par Actes Sud.

Nijinsky souhaite décrire pour l'inconnue la haine que son maître et mentor Diaghilev lui porte. Diaghilev aurait tenté de l'enfermer à Barcelone. Nijinsky critique Massine (écrit Miasin), le nouveau danseur étoile de Diaghilev :
"
Je danses toujours avec lamour. Miasin danses sent lamour parce qu'il aime le drame", écrit-il. Les erreurs de français, commises par le Fou de Dieu, sont volontaires.

Revient ici la dyade propre au style
Nijinsky : d'un côté l'amour et les sentiments, qui s'incarnent en Nijinsky, de l'autre l'intelligence de l'action (ici, l'action est théâtrale), pour le dramaturge et chorégraphe Massine.

Nijinsky revient sur ses problèmes d'argent avec Diaghilev et sur sa mère qu'il doit entretenir, puis il explique qu'il a changé depuis l'époque où il dansait pour Diaghilev :
"Je ne suis plus le Nijinsky de ballet russe. Je suis Nijinsky de Dieu
x".
Le
x à Dieux a son importance.


3 - Lettre à un Français, à qui Nijinsky demande de remettre une lettre à sa mère (2 pages), lettre à la mère sur le même feuillet -
Moya dvoga Matka - (trad. Actes Sud).


4 - Lettre à un ami :
Cher ami André (2 pages). Nijinsky veut lui prouver qu'il n'est pas fou :
"J'aime le Dieu
x et pour ça je suis un fou. J'aime les faut par çe q'on me compren. Si j'écris cent faut on pensera que je sui un fou".

Le
x à Dieux revient comme hypostase [Singulier et/ou/ni Pluriel], destruction de la logique mono ou poly-théiste.
La folie vient du fait d'aimer Dieu(x) confondant et confondu(s). La compréhension n'est plus dès lors une affaire de raison, mais de compassion. On ne peut comprendre N. par la langue, puisque la langue est le siège de la pensée ( selon Nijinsky, l'intelligence et la pensée sont sales). Enlever à la langue sa pensée, son orthographe, sa syntaxe ou sa grammaire, c'est en revenir à une forme de compassion christique, donc de raison et d'hygiène supérieures.

Commencer par l'orthographe, qui est le plus petit commun dénominateur de la langue.
Commencer par les tâches les plus humbles.

"J'aime le Dieu
x parce qu'il amour. Je ne peux pas bien ecrir, parce qu'il sent pas de ritm. Je suis ritm avec la sensse je suis ritm avec la mour. J'aim l'amour avec la sensse. J'aime l'amour avec le Dieux."

La question du rythme chez Nijinsky n'est pas poétique (elle n'est pas une question ayant pour objet le sonore), mais graphique.
C'est le rythme graphique et chorégraphique qui intéresse Nijinski dans l'écriture.

De sorte qu'il faut lire les cahiers de Nijinski comme étant la première oeuvre d'Action Writting et, certainement, la plus aboutie.

Nijinski cherche à faire danser l'écriture.
Et cette danse de l'écriture passe par la perte du sens commun de la langue, la perte du sens à la racine du rythme vibratile et de l'amour.

"Sens la vie ne pas de Dieux.
J'aime ma femme par ce q'elle donne vie."

Ma femme = Dieu(x)

"Je donne vie à mon enfant."

Je = Dieu(x)

Animisme + Parallélisme + Assimilation
Double Bind.

Ground Zero.





2 commentaires:

Frank & sisters a dit…

Your blog is very interesting!
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Thanks Frank
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Lemoine a dit…

J'aime vraiment le concept de ton blog, franck & sisters !
http://pcdesktops.blogspot.com/
L'idée est simple et il y a de la poésie là-dedans.
Je veux bien faire partie de ta galerie de "portraits" et je te remercie pour ton intérêt.
A gauche : my desktop : une vue d'un village dogon à l'est du Mali.
Mon bureau, un téléphone, une lampe d'architecte, le livre sur la table est "Lipstick traces" de Greil Marcus et tu peux voir Louise Brooks en carte postale.

See You soon !

Bruno.