samedi 15 septembre 2012

Thee Psychic Bible, Genesis Breyer P.-Orridge



La tristement célèbre PSYCHICK BIBLE du TEMPLE OV PSYCHICK YOUTH vient d'être mise à jour, augmentée et corrigée, avec des dizaines de nouvelles illustrations et d'essais. L'artiste Pandrogyne Genesis Breyer P-Orridge (Coum, Throbbing Gristle, Psychic TV, Thee Majesty, PTV3), dit à propos de cette édition : “Ce fut une révélation et ça a été très excitant pour moi de voir plus de 30 ans de créatives explorations sociales, rituelles et communautaires concentrées en ce que nous pressentons comme pouvant devenir le nouveau manuel de « Magie pratique » le plus abouti, menant l'individu de son niveau Crowleyen de libération et d'autonomie jusqu'à ce niveau supérieur de conscience que la Magie doit alors restituer à son environnement et à sa communauté… pouvant devenir liberté et aptitude à changer ce "monde" et à faire évoluer notre espèce humaine”. La traduction française de cet ouvrage de référence a été confiée à Jean-Pierre Turmel (Sordide Sentimental) qui avait participé à sa rédaction dans les années 80. Il a également rédigé pour cette édition française de très nombreuses notes de bas de page ainsi qu'un texte inédit. Enfin, Bärn Balta (Life Without Sex, Versus), par le biais d'un texte érudit, nous donne de nouvelles clefs pour comprendre cette œuvre majeure.






samedi 1 septembre 2012

Instantanés 91', Alexis Boucher




Instantanés 91' a été un travail quotidien à base de coupures de presse et 
d'enregistrements sur VHS de zapping TV. Les collages papiers étaient achevés en 1992 et autoédités sur vergé ingres relié à cinq exemplaires, en coffret. 
Le présent livret en donne un extrait.
L'enregistrement de séquences TV a été complété en 2003 avec la 2ème guerre du golf et monté à la suite de 91', offrant une mise en boite du paysage audiovisuel de 1991 à 2003.


d'Alexis Boucher



Hassan Sabba : cérémonie de réception dans l'ordre du Maître


Reliques d'Hassan Sabbah (1)



Celui qui est reçu demande d’abord le pain et l’eau de  l’ordre, puis le commandeur ou le maître qui le reçoit le conduit secrètement derrière l’autel et lui montre la figure du Vieux de la montagne et lui fait renier par trois fois le prophète […] et par trois fois cracher sur son visage ; puis il le fait dépouiller de sa robe et celui qui le reçoit le baise à l’extrémité de l’échine, sous la ceinture, puis au nombril et sur la bouche et lui dit que si un frère veut coucher avec lui charnellement, qu’il lui faut l’endurer, parce qu’il le doit et qu’il est tenu de le souffrir, selon le statut de l’ordre...



 
Reliques d'Hassan Sabbah (2)


William Burroughs lit Hassan Sabbah


Hassan Sabbah, les ratés d'une traque


Soldats français du Commandement des opérations spéciales en Afghanistan (2005)


"Il y a quelques mois de manière tout à fait exceptionnel, nous avions pu filmer les soldats français du COS, le Commandement des Opérations Spéciales, des images exclusives au moment où ils partent en mission aux côtés de l'armée afghane. Ces troupes d'élite ne doivent jamais montrer leurs visages."




Soldats français du Commandement des opérations spéciales en Afghanistan (2005)

"Nous réussissons finalement à obtenir un rendez-vous avec un soldat français. Nous devons cacher son identité, mais il va nous apprendre que les Forces français ont eu Hassan Sabbah, le Vieux de la montagne, à portée de fusil..."




Le SOLDAT FRANÇAIS - C'est vrai, je peux en attester, en 2003 et en 2004, effectivement, nous avions le Vieux de la montagne dans la lunette. Le tireur disait : "J'ai Hassan Sabbah"



 Hassan Sabbah, photo prise à la frontière afghane (2003)

LE SOLDAT FRANÇAIS - On est dans le feu de l'action, c'est l'ennemi, il y a des tirs partout. On est planqués, on est enterrés. Il faut remettre tout ça dans le contexte. Le temps que ce soit rapporté aux américains, enfin, ce n'est pas de l’instantané, ou alors le rapport a bien été fait et, là, c'est un problème de décision et la décision, elle est à Bagram, au quartier général américain.


Hassan Sabbah en Afghanistan (2003)


LE SOLDAT FRANÇAIS - Le fait est qu'à ce moment-là, il y a eu une hésitation du commandement..."



un documentaire des journalistes Eric Razavi et Eric de Lavarère (2006-2007)




jeudi 23 août 2012

23 : Rituel d'emportement


William Blake

FEMME – Mon voisin Jacques devient un chien avec moi, puis une puce, un tigre, un loup, n’importe quoi. Le mouvement de ses métamorphoses sur mon sexe me fait jouir maintenant.
HOMME – Ils éjaculent sur mon visage chacun à leur tour.
FEMME – Tanguy se laisse pousser les ongles pour me lacérer le dos. Je ne les retire pas : plaies purulentes.
HOMME – Des serments d’amour à plusieurs dans une chambre petite : lit rouge du sang des promesses.
FEMME – Il me pénètre en brûlant des allumettes et le soufre chasse mes démons.
HOMME – Julia me dit : « Je t’ai dans la peau », puis elle change de sexe avec moi. Julia parle par ma bouche maintenant.
FEMME – Jonas, Jonas, sur le dos, ferme les yeux et les rouvre, lorsqu’il jouit en moi. Jonas, Jonas est une poupée qui me fait jouir en ouvrant et baissant les paupières sur le dos.
HOMME – Il ne peut plus se passer de moi et sa jalousie est impossible.
FEMME – Le nom de mes amants tourne les roues mystiques de Lulle.
HOMME – Le 23 de chaque mois, nous nous mangeons l’un et l’autre.
FEMME – Le 23, Clara note six désirs et les joue aux dés : le 6 arrive. Clara sonne chez moi et me fouette, le 23.
HOMME – Nous faisons un enfant, Edith et moi, puis nous quittons la ville sans nous retourner.
FEMME – Marc me dit qu’il m’aime, Marc m’aime, Marc me dit qu’il m’aime, Marc m’aime…
HOMME – Je la rappelle, le 23 de chaque mois, elle a oublié sa rancune contre moi. Le 23 de chaque mois, elle veut me voir…
FEMME – Dominique devient beau, j’ai des raisons de l’aimer maintenant.
HOMME ET FEMME – Le 23, vous êtes là et nous ne nous connaissons pas.
HOMME – Et le 23…
FEMME – le 23…
HOMME ET FEMME – nous faisons l’amour entre nous dans nos rêves…
HOMME – et nos rêves…
FEMME – nos rêves…
HOMME – traversent nos murs.
FEMME – transpercent nos corps.
HOMME – Les 23 de chaque mois sur 23 mois…
HOMME ET FEMME – nos rêves traversent vos corps.

dimanche 12 août 2012

Dallas (2)




JR à Sue Ellen, On ne voit pas le cœur de l’homme. Oui, J., dit Sue. JR reprend, On ne connaît pas le cœur de l’homme. Oui, J., dit Sue. Comment je peux connaître le cœur de mon prochain ? reprend-il en direction de sa moitié. Comment se révèle-t-il ? Comment dévoiler ce qu’il éprouve vraiment, haine ou amour, et déceler le simulateur ? Je sais pas, dit-elle, mais, lui ne l’entend pas. Les détecteurs de mensonges ? Les Caractères de La Bruyère ? Les portraits des grands hommes brossés par Plutarque ? Une méthode ? La méthode ? On commence par des questions anodines pour savoir qui est l’assassin dans Cluedo. Une pause. – Comment fais-tu, toi, Sue ? Elle boit cul sec un verre de whisky et répond, Je sais pas. Il reprend. Commencer par des questions anodines, puis aiguiller l’interrogatoire du suspect sur le fond du problème : « Avez-vous un congélateur de la taille d’un homme ? un port d’armes ? un pic à glace ? Où étiez-vous le 25 novembre 2011 à neuf heures quarante-cinq du matin ? Portez-vous des chaussettes de laine et un tricot, l’hiver ? » On se sert des Caractères de La Bruyère ou du détecteur de mensonges pour déceler le simulateur...
    Je m’en fous, murmure Sue…
    La méthode donne quelque fois des résultats, poursuit JR, l’on peut trouver, avec elle, l’assassin dans Cluedo. Il faut avouer pourtant que la justice se trompe souvent, mais est-ce que l’on connaît une autre méthode, Sue ? Sue boit un coup, puis repartit à J., Non.   ̶  Non ?  redemande JR.  ̶  Non, répond Sue, je sais pas, je bois, c’est tout, c’est ma fonction ; ma fonction est d’être la femme battue de J.R. et qui boit d’un feuilleton de Dallas à l’autre pour oublier ! Mais J.R. ne l’écoute pas, il parle pour lui-même, pour un autre JR, derrière l’ombre de Sue…
    Le nombre d’erreurs de justice, Sue ! Oui, J, dit Sue. Le nombre d’erreurs de justice, Sue !   ̶   Alors, si la justice se trompe pour les crimes de sang, comment, dans un domaine pourtant moins tragique, l’amour, comment puis-je faire pour savoir si tu m’aimes ? Tu serais un monstre d’indifférence, Sue, et je n’en saurais rien ! Nous n’avons que les preuves d’amour, disent nos Pères, les propos de sa moitié, un « Je t’aime. »…
     ̶  Je t’aime, dit alors Sue ironiquement. Répète, réplique JR. Je t’aime, reprend Sue.  ̶  Je t’aime, je t’aime ! répète JR, rien, en somme, et on en est là depuis la nuit des temps, faute d’une fenêtre qui ouvre sur nos cœurs !
    Alors, puisque nous ne sommes pas transparents, puisqu’on ne voit pas son cœur, on s’invente des romans, on s’illusionne, on machine, on ménage, on copule, on couple. Voilà, c’est tout ! Sue se tait, se ressert un verre, boit cul sec, là. On couple, répète J.R...

    Sais-tu le nom du dernier des dieux romains, Sue ? Elle se tait, s’en ressert un autre, boit cul sec, là. Sais-tu le nom du dernier des dieux romains, Sue ? Elle se tait, boit cul sec, là.  ̶  Momus, c’est le nom du dernier dieu romain : Momus. ̶  C’est bien, marmonne Sue, j’aurais appris quelque chose dans ma journée… J.R. reprend, Un dieu qui ressemblait aux bouffons des rois au Moyen Âge avec leur marotte, leur bonnet tricorne, leurs grelots et un sourire méchant. Momus, le fou des dieux, né à l’époque de la Rome néronienne, alors que les premiers chrétiens servaient les bûchers des avenues romaines et les fauves du cirque. Un fou révélant aux dieux leurs quatre vérités et qui servira encore, au seizième siècle, à Giordano Bruno pour en finir avec le monde médiéval dans Expulsion de la bête triomphante  ̶  Sue Ellen, là, face au public (en aparté), J.R. est cultivé, à n’en pas douter !... ̶  Donc, Momus va voir Jupiter pour lui parler de sa créature, l’homme. Tu en es fier ? demande Momus à Jupiter le plus grand des dieux. Tu es fier de l’homme, ta créature ? Oui, lui répond Jupiter, je suis assez content de cette vieille invention, elle est épatante ! Quelle ingéniosité ils ont, je trouve ! Ils survivent depuis la nuit des temps, mais ils s’en sortent toujours ! – Pfffff ! mugit alors Momus. Pfffff ! Comment peux-tu ? Tu es donc aveugle ? Quoi ! s’exclame Jupiter, mécontent d’être ainsi importuné par le dernier-né, le cadet des dieux du panthéon antique, mon invention ne te plaît pas ? Qu’est-ce que tu lui trouves ? Alors, Momus répond, péremptoire, Jupiter, il manque à ta créature une fenêtre sur son corps, en haut à gauche du plexus, lui permettant de voir son cœur et le cœur de son voisin. Voilà ce qu’il dit Momus à Jupiter ! il ne manque pas d’air ! Si tout va mal dans la société des hommes, c’est qu’aucun d’entre eux n’est capable de voir son cœur. Dès lors, ta créature ne peut faire autrement que de se tromper de femmes ou de tromper sa femme. Parler d’amour ou écrire sur l’amour, comme le font les poètes, c’est totalement vain ! Fondamentalement, l’homme ne peut pas parler d’amour, il ne sait pas ce que c’est ! Qu’est-ce que l’amour pour lui ? Un sentiment ? Un état ? Un gaz diffus ? Une marotte ? Et son cœur ? C’est quoi, son cœur ? Une pompe distribuant le sang dans son organisme ? C’est ça le cœur ?

    Alors, Jupiter, irrité, n’en pouvant mais du Momus, le puîné des dieux, lui répond... Jupiter lui répond, C’est bien, le petit dieu, le nouveau, tu as de la répartie. Alors, puisque tu es le dernier de mon panthéon et que nous sommes tous les deux à la fin de notre règne sur Terre, avant l’arrivée d’Attila et des Huns, avant de crever devant l’ère chrétienne, je te fais un  cadeau : je t’autorise à inventer un homme nouveau. Invente, si tu le souhaites, un homme avec une fenêtre sur le coeur. Bientôt, Rome sera mise à sac et nos temples seront désaffectés, bientôt nous ne serons plus qu’un vague souvenir pour eux.  Je te donne le pouvoir de créer l’homme transparent, celui qui verra son cœur ; Vulcain dans ses forges t’aidera pour l’occasion.

    Qu’est-ce que je risque à te donner ce pouvoir ? Rien, nous allons bientôt mourir tous les deux, alors qu’est-ce que j’en ai à foutre maintenant ? Eh oui, Momus ! Même les dieux meurent un jour ! C’est ainsi. Mais, moi, vois-tu, je resterai dans la mémoire des hommes comme le père des dieux, ils liront ma vie et mes aventures dans leurs écoles, tandis que toi, personne ne se rappellera de toi ! Tu es arrivé trop tard, Momus ! Edifie l’homme transparent, je m’en lave les mains maintenant. Edifie-le ou laisse l’homme l’édifier pour lui même. Je te donne même le droit de lui révéler qu’il est le maître de son destin, comme Prométhée lui a donné le feu. Montre-lui son cœur.  ̶  Sais-tu quoi ? Les hommes sont incapables de se prendre en charge eux-mêmes, ils n’en ont pas les couilles ! Ils préféreront ignorer qu’ils sont des dieux, ils se mettront la tête sous la terre, comme des autruches, pour ne pas entendre qu’ils peuvent s’inventer des cœurs et des amours singulières et monstrueuses, comme nous en inventons pour nous-mêmes. Il n’en veut pas de son cœur, l’homme, conclut Zeus, c’est un lâche ! Laisse-le où il est, t’emmerdes pas avec ça…

    À cet instant, Sue Ellen est prise d’une crise de rire. Pourquoi tu ris ? lui demande JR. Elle n’en peut plus, Sue Ellen, elle pisse dans sa culotte, elle est incapable de se retenir. Pourquoi tu ris ? répète JR. Pourquoi tu te roules par terre comme cela, convulsivement ? Sue Ellen se roule, en ce moment, littéralement, sur le tapis persan… Qu’est-ce que tu es drôle ! s’exclame-t-elle. « Ils sont incapables de s’inventer un destin ! Les hommes sont incapables de s’inventer un destin ! », râle-t-elle. J’ignorais que tu pouvais être aussi drôle ! Mais qu’est-ce que tu as mangé, dis ? Comment tu parles ? hurle même Sue. Alors, JR s’énerve, il devient furieux, il ne se maîtrise plus, JR, c'est comme si le diable lui avait pris son corps, et il la frappe à mort.

    Lorsque l’ambulance arrive, aux brancardiers qui la prennent, il dit, Elle est tombée dans les escaliers. Et les brancardiers tiquent, mais ils ne bronchent pas, et ils emmènent gentiment Sue Ellen à l’hôpital. 

    1-2-3 : " Pin-pon-pin-pon-pin-pon !!!"