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vendredi 18 juillet 2008

Onomastique Bruno Lemoine (copyright)


"Beuys, dit Eva Beuys, a passé toute sa vie à mourir. Elle n'a jamais appelé son mari autrement que "Beuys" ; leurs enfants, Wenzel et Jessyka, faisaient de même et ne lui ont jamais dit "père" ou "papa". Il a passé toute sa vie à mourir, ajoute Eva, mais il était toujours si vibrant. Il adorait la vie ; il la voyait comme un chemin qu'il voulait parcourir jusqu'au bout. Selon Eva, Beuys a franchi les voies de la vie et de la mort avec une sûreté absolue - jusqu'à Palazzo Regale."

Joseph Beuys, une biographie, Heiner Stachelhaus

dimanche 12 août 2007

Onomastique Bruno Lemoine (copyright)

"Vieillard fou et impuissant, qui s'apperçut enfin qu'il devait y avoir même pour un démon des limites à sa capacité de faire le mal... qui embrassant d'un regard la scène toujours à sa portée et dans son champ de vision a vu le fils parti, évanoui, et cela plus insupportable pour lui que si ce fils était mort, car à présent (si ce fils vivait encore) il aurait un nom différent et ceux qui le lui donneraient seraient des étrangers, et quelque semence de la race Stupfen que le fils pourrait semer comme les dents du dragon dans les flancs de n'importe quelle femme, continuerait ainsi la tradition, accomplirait le mal et la méchanceté héréditaires sous un autre nom, sur et parmi des gens qui n'auraient jamais entendu prononcer le vrai..."

W. Faulkner, Absalon, absalon !


jeudi 28 juin 2007

Autoportrait 12 - Bruno Lemoine - 28 juin 07



Pourquoi n'y aurait-il que les femmes à pouvoir changer de tête ?

jeudi 17 mai 2007

Lettre aux homonymes

M. Bruno Lemoine,

À Monsieur Bruno Lemoine


Cher Monsieur,


Nous ne nous connaissons pas et cela devrait en rester là entre nous. Mais, comme moi, parfois, il m’arrive de vouloir m’amuser, je me dis que, peut-être, l’un de mes homonymes ressent la même envie que moi.

Moi aussi, je m’appelle Bruno Lemoine, comme vous, et je suis un écrivain. Peut-être que, vous aussi, vous êtes un écrivain, et que vous aimez les canulars, comme moi. En tout cas, moi, si je suis devenu écrivain, c’est par amour des canulars, par amour pour les canulars.

J’en suis aujourd’hui à mon deuxième livre qui sera publié dans quelques mois aux éditions al dante. Mon premier livre s’appelle Matachine, publié l’année dernière dans la même maison d’édition. Vous pouvez trouver des traces de moi sur Internet en faisant des recherches et j’ai aussi un blog sur Google, intitulé V-imaginaire. Vous verrez sur ce blog des « autoportraits » de moi, dont l’un, le dernier, me représente en jeune femme enceinte (j’en suis très fier). Le concept que je me propose de faire aboutir, c’est que de permettre à d’autres personnes que moi de jouer mon rôle.

Voilà pourquoi j’aimerais vous rencontrer. Vous avez pu avoir envie, comme moi, de jouer un autre rôle que le vôtre, mais le temps ou les circonstances ne vous ont pas permis d’exaucer ce souhait.

En tout cas, ce dont je suis sûr, c’est qu’une telle lettre ne pourra pas vous laisser indifférent. J’espère qu’elle vous aura amusé, vous aussi. Et si, comme moi, vous aimez la vraie et franche rigolade, appelez-moi.

Cordialement.


Bruno Lemoine

vendredi 30 mars 2007

Onomastique Bruno Lemoine© (suite)

... Car il nous faut reconnaître les enfants que nous avons mis au monde, ce qui signifie que certains manquent à l'appel ou ne sont pas reconnus.

Dans les romans de Faulkner, par exemple, la question du racisme, le "sang impur", est une raison pour qu'un Sudiste ne reconnaisse pas son fils. Ainsi, Sutpen, le personnage principal d'Asalon ! Absalon ! ne reconnaît pas Charles Bon, l'enfant qu'il a eu avec une première femme sur l'île de Haïti : Charles Bon n'est pas Charles Sutpen, mais Bon, comme Charles le Bon ou le Bienheureux, comte de Flandres du douzième siècle ; ainsi, dans Lumière d'août, le métis Joe Christmas se pose la question de son origine, se croit noir tandis que les autres le voient blanc, mais reconnaît dans son nom un noir, car dans le Sud des Etats-Unis le nom des noirs doit être impropre à la désignation d'un homme : son nom est donc celui d'une fête religieuse comme celui de Bon est celui d'un personnage historique. Question de caste ou de clan. Si, pour Faulkner, les noms comme les mots ne signifient rien, comme dans la philosophie zen ("Les noms qu'on leur donne, ça n'a aucune importance", déclare, dans Lumière d'août, Addie à propos de ses enfants), ils participent pourtant d'une culture, de la représentation que les hommes se font de ceux qui les portent : ils ne signifient rien et tout en même temps : position paradoxale, oblique, double, que chacun d'entre nous ressent, comme reflet dans le miroir.

Car nous sommes, qu'on le veuille ou non, issus d'une culture et, quelque soit la culture dans laquelle nous sommes nés, le nom que nos parents nous donnent est ce Double avec lequel il nous faudra composer. Comme le montre Lévi-Strauss dans La pensée sauvage, la nomination est un mode de création des destinées sociales. La société engloge l'individu et sa marche sur terre de part le nom qu'elle lui donne et le type de femme qu'elle lui permet d'obtenir. Joe Christmas est le nom attribué dans le Sud des Etats-Unis à un noir, comme Steve est aujourd'hui un nom français attribué à un garçon issu d'un clan inférieur et Valentin, celui donné à un enfant français d'un clan supérieur. Steve devra apporter à la maison des notes moyennes ou mauvaises de l'école, tandis que Valentin ne se pardonnera jamais d'être un mauvais élève. Si aujourd'hui l'on ignore ou l'on fait fi d'ignorer cela, si la société refuse de remarquer qu'elle n'est pas libre de nommer ses enfants, c'est que la prise de conscience d'un tel état de fait remettrait en cause ses fondements mêmes. La société préfère ne pas voir qu'à toute métaphysique, il y a une technique et, qu'elle même est dépendante d'une cosmologie. C'est encore dans de trop rares moments de lucidité que certains de ses indigènes se réveillent.

Le Blanc est lui aussi un indigène de la République. Croit-il que son nom n'est pas son Double ? Croit-il avoir été libre de choisir sa destinée ? Moi, "Bruno Lemoine", c'est parce que j'ai eu la chance d'avoir un nom aussi connoté que je cherche aujourd'hui le moyen de m'en libérer.