mardi 7 juillet 2015

Nouveau absolument Nouveau - Comédie (2)

Yona FRIEDMAN, La Dissolution de l'Architecture



II



(La lumière revient.

Une femme, un micro à la main, au milieu de la scène. Derrière elle, deux hommes en blouse blanche, qui attendent. À gauche de la scène, une armoire, un bureau et un divan d’examen médical.)


Femme (s'adressant au public) – 

Bonjour. Vous m’entendez ? Derrière au fond, aussi ? Bon… Est-ce que tout le monde va bien ? 

Oui ? Cela va ? - Je m’appelle Camille Malaury et je suis psychologue, diplômée de l’université


de Strasbourg ; derrière moi se trouvent M. Lauvin et M. Jaquet, tous deux médecins

et spécialistes des troubles du comportement. Contrairement à ce que vous croyez,

si vous êtes réunis ici aujourd’hui, ce n'est pas pour assister à une pièce de théâtre,

mais parce que, il y a cinq ans, vous avez choisi de faire partie d’une



expérience consistant à vous faire éprouver les conditions d’existence des



Français au vingt-et-unième siècle, et nous sommes là maintenant pour vous



ramener à votre vie précédente. Je sais que ce que je suis en train de vous dire



est à peine croyable, mais c’est la stricte vérité. Vous pensez tous être



venus ici de votre plein gré, vous vous figurez actuellement assister à une pièce de



théâtre, et ce que j’affirme maintenant doit vous faire penser que je ne suis, ni



plus ni moins, qu’un personnage de la pièce ; je suis ici chargée de vous



convaincre du contraire. 
    
    Avant d’en dire davantage, sachez que des psychologues, des infirmiers 

et des cellules d’écoute se mettent en place à l’extérieur de la salle et 

que vous pourrez à tout moment être accompagnés vers eux par M. Lauvin 

et M. Jaquet ici présents, si vous en ressentez le besoin. Comme je l’ai dit, 

nous sommes chargés, ce soir, de vous ramener à votre vie d’avant, ou,

pour ceux qui le souhaitent, de poursuivre avec une autre expérience de vie

artificielle… Nous attendons M. Leroy, qui est notaire et qui devrait prendre 

la suite de mon allocution…


(Entrée en scène de "M. Leroy, notaire", un attaché-case à la main.)


Femme – M. Leroy…



(Homme et Femme se serrent la main.)


Homme – Merci, Mme Malaury, désolé du retard…  

(Il prend le micro que Femme lui tend et s’adresse au public – ton pincé.)  

    Mesdames et Messieurs, je suis chargé par la loi de vous faire recouvrer 

la mémoire et, probablement, vous intégrer, dans les meilleures conditions 

possibles, à un rôle nouveau.



(Il s’assied au bureau)
        Comme vous êtes nombreux, toute cette affaire devrait prendre un certain
 
 temps,  j’espère que vous ne perdrez pas trop patience... Des boissons 

offertes devraient bientôt circuler parmi vous : boissons chaudes ou froides, 

eau, jus de fruits ou bières, pour vous désaltérer...


(Il ouvre son attaché-case et il en sort un ordinateur portable.)


     Vous avez tous signé, il y a cinq ans, vous a expliqué Mme Malaury, pour vivre

le rôle d’un homme, d’une femme ou d'un enfant du début du vingt-et-unième siècle. 

Avant toute chose, il faut que vous sachiez d’où vous venez, qui vous êtes et quelle vie 

vous aviez avant celle-ci. Par la suite, M. Lauvin et M. Jaquet feront, à chacun de


vous, une piqûre qui vous remettra, j’en suis sûr, les idées en place...



    Mme Malaury, pourriez-vous, s’il vous plaît, nous mettre le petit film explicatif ?


Femme – Bien sûr !


(Elle appuie sur la commande d’un rétroprojecteur. Le film commence.)



FILM

La planète Terre vue du ciel. Parcours de l’une de ses faces en très gros plan, puis des images de paysages et de villes futuristes.  


Voix-off

Bonjour, vous avez signé, il y a cinq ans, pour vous adapter artificiellement à une vie du passé et nous vous en félicitons. Votre Capital Points de Vie a obtenu 100 000 Magnolias Or, transférables de suite sur le compte bancaire de votre choix. Vous ne vous souvenez naturellement pas avoir signé un tel contrat, vous n’avez aujourd'hui plus aucune idée de ce qu’on nomme la "péréquation des vies", vous pensez que ce que vous avez vécu jusqu’à présent est tout ce que vous possédez ; ce qui est normal et était stipulé dans le contrat, pour le rôle auquel vous avez souscrit. Un tel contrat permettant de changer radicalement d’existence n’est pas exceptionnel en soi, mais il fait partie des droits acquis après d’importantes luttes sociales, ayant eu lieu à travers le monde à la fin du vingt-deuxième siècle, et dont nous allons vous parler avant que vous ne recouvriez la mémoire.

   

La culture, que vous avez quittée il y a cinq ans, se situe au vingt-troisième siècle, soit deux siècles après celle dont vous pensez qu’elle est la vôtre. Nous sommes aujourd’hui le 20 septembre 2235 et les nations de la Terre ont été réunies, il y a plus de soixante ans, en une démocratie nouvelle où le pouvoir exécutif est donné tous les six mois, après une compétition ouverte au public, à la Femme complète ou à l’Homme complet, soit la femme ou l’homme qui est à lui seul le plus grand nombre d’Autres. Tout est fait, sur Terre, pour transmettre à chaque individu le désir d’être cette femme complète ou cet homme complet, tout est fait, dès l’éveil des enfants, afin de pouvoir être le plus grand nombre possible d’autres. Pour cela, chaque individu, dès son plus jeune âge, apprend à changer de personnalité, selon des principes, des règles et des lois qui nous sont devenus coutumiers : soit la péréquation des vies.
La personne humaine n’est donc plus conçue comme étant une et indivisible, comme c’était le cas au vingt-et-unième siècle, le sens de la souveraineté des individus a depuis lors changé, de même que les droits de l’homme. La vie est assimilée à un rôle et un passage, une instance que l’interprète humain a à connaître dans ses moindres détails, jusqu’à en avoir fait le tour et se choisir une autre existence. Des concours sont, à ce propos, mis en place dans les provinces du globe, chaque année, afin de récompenser les adaptations les plus convaincantes à un rôle donné, ou les interprètes qui ont assimilé et joué le plus de rôles en une année. En outre, les nations appartenant à la Démocratie complète font en sorte d’empêcher que se forment, en leur sein, des sociétés réservées à des experts ou à des spécialistes ; chaque rôle est désormais possible, à l’âge adulte, pour chacun d’entre nous, selon notre mérite, la vitesse d’apprentissage que l’on a pour un rôle et l’interprétation qu’on en fait.



Vous n’êtes donc pas des femmes et des hommes du vingt-et-unième siècle, la Démocratie de l’Homme complet vous a donné la possibilité d’interpréter ce rôle dans des conditions optimales, afin que votre voyage soit le plus profitable pour vous ; vos points de vie ont donc augmenté en proportion du dépaysement proposé par le voyage que vous vous êtes choisi il y a cinq ans.



(À l’écran, on peut maintenant voir, dans une ville de France, un homme d’une trentaine d’années entrer dans un immeuble haussmannien : la caméra le suit dans les escaliers jusqu’à un appartement. L’homme ouvre une porte d'entrée, il pénètre dans un salon et s’assied dans un fauteuil. 
    Portrait de Homme, de trois-quarts et en plan serré.)
                                 Homme (s’adressant aux spectateurs) – Bonjour, je m’appelle
                                actuellement Gilles Maret et je suis cadre dans une société de
                                maintenance informatique. Ici, on est chez moi : j’habite un immeuble    
                                haussmannien, comme on pouvait couramment en trouver au
                                vingt-et-unième siècle. C’est le genre d’intérieur que j’affectionne,
                                depuis mon interprétation d’un rôle de cette période historique.


Journaliste (hors champ) – Vous avez eu pour rôle un homme du vingt-et-unième siècle ?



Homme – Oui, exactement comme les spectateurs pour lesquels votre film sera projeté. Il y a sept ans, je m’appelais Bertrand Petit et j’étais professeur de français dans un lycée technique à Lyon. Puis, quand mon contrat de rôle a été terminé, on m’a réveillé…



Journaliste – Quels souvenirs précis gardez-vous de cette période ?



Homme – Cela a été un moment assez difficile de ma vie. Quand on a signé pour ce genre d’expérience, on a accepté de ne pas avoir de souvenirs de notre ancienne existence ; j’étais donc intimement persuadé de m’appeler Bertrand Petit, de n’avoir qu’une seule vie et de donner des cours à des gamins difficiles, voire impossibles. J’ai donc été content, quand l’expérience s’est terminée… Il est assez déroutant, après coup, de voir comment de jeunes femmes et hommes, pris artificiellement dans une société donnée et durant une époque qu’ils n’ont pas connue, s’adaptent et reproduisent les erreurs de leurs aïeuls, lycéens au vingt-et-unième siècle et morts, il y a de cela deux cents ans ! Le passé semble effectivement ressuscité dans ses moindres détails. On se pose alors quantité de questions sur ce qu’est la liberté humaine...  



Journaliste – Justement : comment s’est déroulé votre retour à la vie normale ?



Homme – Cela a été difficile au début, pour tout dire… Après avoir recouvré les souvenirs de mon passé, je m’en suis voulu d’avoir signé pour cinq ans. C’est vrai qu’on obtient, après cela, quantités de points de vie dont on ne sait que faire, mais, croyez-moi, ces points sont mérités ! Le vingt-et-unième siècle, même s’il est proche de nous par certains côtés, est, à mon sens, une période réellement douloureuse de notre Histoire.



Journaliste – Qu’est-ce qui a, pour vous, été éprouvant dans cette expérience ?



Homme – On est convaincu de n’exercer qu’un seul rôle, notre vie durant, voilà !... Les hommes, à cette époque, concevaient rarement pouvoir changer d’identité, de couple, de famille ou de métier ; penser le contraire et considérer cela comme une bonne chose, c'était impossible. Donc, quand on avait une vie sordide et misérable, on en était prisonnier, et pas prisonnier pour trois mois, un ou cinq ans, comme pour nous, mais à perpétuité. Alors oui, cela fait une expérience, parce qu’on voit tout ce que notre culture a gagné en deux siècles, mais, dans le même temps, j’ai eu du mal, au début, à retirer quelque chose de positif de la situation qui avait été la mienne.



Journaliste – Et maintenant ?



Homme – Eh bien, maintenant, oui, j’en retire des leçons. Parce que certaines personnes dans notre société sont nostalgiques d’une époque qu’ils n’ont pas connue. Moi, je peux donc leur dire d’aller y faire un tour : allez-y précisément, faites le voyage, allez voir comment vivaient des hommes dont les conditions changeaient rarement, je peux leur certifier qu’ils déchanteront !



Journaliste – Vous voulez parler des Unaires ?



Homme – Oui, les Unaires, qui conçoivent qu’une vie authentique doit se satisfaire de ce qu’elle a, devraient signer pour cinq ans, comme je l’ai fait, et comme les spectateurs de votre film l’ont fait. Notre démocratie, qui pousse les hommes à changer de rôle tout au long de leur vie, est finalement le plus équitable des systèmes politiques que l’Histoire a portés. On imagine mal, dans nos cultures, ce que c’est que d’être contraint à une condition d’existence quasi inamovible, tant qu’on n’en a pas fait l’expérience.



Journaliste – Et quels sont maintenant vos projets pour l’avenir ?



Homme – Oh, il ne me reste pas longtemps à tirer dans le rôle de Gilles Maret ; ma femme et moi avons d’autres projets pour la suite.



Journaliste – Vous et votre femme actuelle, vous  voulez poursuivre votre vie ensemble ?



Homme – Oui, nous nous aimons toujours ! Elle s’appelle, pour le moment, Camille. À la fin de nos contrats de vie, on a tous les deux choisis de partir sur le continent africain pour deux ou trois ans.



Journaliste – Dans quel rôle ?



Homme – On n’a pas encore décidé de nos conditions d’existence.



Journaliste – Vous avez des enfants ?



Homme – Oui, pour le moment, on en a deux.



Journaliste – Et qu’est-ce qu’ils en pensent ?



Homme – Ils ont, tous les deux, décidé de ne pas poursuivre l’expérience avec nous.



Journaliste – Vous êtes triste pour leur décision ?



Homme – Au début, je dois dire qu’on a été déçus par leur plan, mais, après en avoir longuement discuté avec eux, nous les aidons à préparer leur avenir, le plus sereinement possible. Leurs prochains parents nous semblent maintenant très bien, on se voit souvent, eux et nos enfants ; nous sommes confiants. D’ailleurs, après cela, rien n’est terminé entre eux et nous ; nous nous sommes promis de nous revoir...



Journaliste – Merci, monsieur Maret.



Homme – Mais c’est moi qui vous remercie, merci à vous d’être venu m’interviewer !



(Le film se termine. Noir à l'écran.)







Femme (avec un geste vers l'entrée de la scène du théâtre) – On applaudit maintenant monsieur Gilles Maret !


(Le personnage du documentaire entre en scène. Femme et Médecins 1 et 2 (Lauvin & Jaquet) applaudissent.)

Femme – M. Maret est venu spécialement discuter de son expérience avec nous.



M. Maret…


(Homme nommé "Maret" et Femme nommée "Malaury" s’approchent alors pour se serrer la main, mais ils s’immobilisent brusquement, avant même de s'être touchés, comme dans un arrêt sur image.

- Noir sur scène et dans la salle.)

 

lundi 6 juillet 2015

Nouveau absolument Nouveau - Comédie (1)

"A bout de souffle" - Image du duo d'artistes Les Riches Douaniers, 
composée à partir du jeu-vidéo Grand Theft Auto IV



Paradigme de l'expérience psycho-sociale Nouveau absolument Nouveau  : permettre à la personnalité humaine de s'adapter artificiellement à une nouvelle existence, lui permettre de vivre un rôle humain puis un autre, en somme lui faire éprouver du plaisir à être le plus grand nombre d'autres, sans qu'elle ne s'en trouve altérée, sans même qu'elle ne subisse de déréalisation de soi ni de son environnement.



*




« Travaillons au moins,
nous, les jeunes,
à perturber les âmes,
à désorienter les esprits.
Cultivons en nous-mêmes,
telle une fleur rare,
la désintégration mentale.
»

Fernando Pessoa



« Nous parlons d’une époque où tous les hommes sont devenus Homère. »

Anonyme




I


Sur la scène, Junky, un joystick à la main, devant un grand écran de jeu vidéo.

    Le comédien, ayant le rôle de Junky, suit, devant l'écran sur la scène, les « caprices »  du personnage qu'il joue sur Grand Theft Auto 4  : transfert. Junky est un junky, mais Junky est aussi, dans le même temps, un « avatar informatique » cherchant, dans un jeu, à entrer en communication avec un dealer qui, lui, est, dans GTA 4, un figurant sur le mode Pause, une routine de la machine.



   Junky (transi, en sueur, parlant au personnage du dealer à l'écran, devant lui)

              Quoi ?

              T’as de la dope ?

              Rien ? Tu ne parles pas ? Tu veux pas m'parler ?

              C’est pas compliqué, c’que j’demande ; c’est à la portée du moindre

abruti qui a sur soi le produit dont j'ai besoin. J’suis en manque, bordel… 

‒ Bordel, tu peux pas ?... Tu peux pas, c’est tout… Je vois pas pourquoi je

prends une machine pour un dealer... Tu tournes en boucle… Pourquoi ils ne me

laissent pas sortir ? Pour que je ne fasse pas une rechute ?

(Le personnage que joue Junky saute à l'écran.)

     − Rechute ! −

    
Je suis en pleine descente.

(Junky saute à son tour.)

     − Rechute ! −

     − Rechute ! −

     Le docteur me laissera bientôt sortir.

(Junky saute, son personnage dans le jeu saute, lui aussi.)


     − Rechute ! −

    
− Rechute ! −

    Tu es un avatar sur le mode Pause… Mon dealer est un personnage sur le

mode Pause… Je vais pas me laisser faire, tu comprends ? Ils ne m’auront pas.  

Il faudra bien que les infirmiers se résolvent à me laisser sortir. − Qu’est-ce qu’il

y a derrière moi ?... Je ne vois pas ce qu’il y a derrière moi…

(Routine du figurant Dealer sur Grand Theft Auto 4 qui, au bout d’un instant, se met à sauter.)

Junky − Il saute, Dieu saute, saute, saute, saute, et avance en crabe dans son

petit jeu. Et le crabe tourne en rond…

(Junky fait courir en rond son personnage à l'écran.)


Junky − Je cours, il court en rond, tout court, grandes foulées, petites, et il

crie que Dieu est un Indien !

(Junky hurle alors.)


Junky (après avoir fait revenir, dans le jeu, son personnage devant le dealer) −

Maintenant, Dieu est devant

toi, le crabe, il avance, appuie sur sa manette son personnage et fait comme si tu

n’existais pas. « Tu n’es pas un dealer ! », dit-il, « tu n’es pas un dealer ! », et je

n’aurai pas ma dose aujourd’hui ni demain. J’avance alors contre la porte, hors

du jeu, je crie, je hurle pour qu’ils me laissent sortir en ville. « Je ne veux pas de

votre subutex ! que je dis. Je ne veux pas de vos médicaments ! Je ne veux pas

être soigné ! Laissez-moi sortir ! »


(Le personnage, que joue Junky, tourne à nouveau en rond à l'écran.)


Junky − Alors, dieu tourne en rond, l’Indien dans sa tête file et sa console

prend les commandes de sa main. Il parcourt le courant de ses veines, manette

de 20 à 340° sur son axe comme sexe mis en branle pour le service. Souffle

moteur, respiration ventilée court, petite foulée, branlette quotidienne à la face

du ciel. − Pussylight ! Lumière sur le sexe d’un ange ! − Et le ciel tourne, filme

et saute à ma place, là… Alors, perdu dans ses prières, dieu retourne à son prie-

dieu…


(L'avatar de Junky revient vers le dealer du jeu-vidéo)


Junky − − Pussylight ! Lumière sur le sexe d’un ange ! − Il baisse la tête devant

le soleil et se demande, le nez sur son missel, pourquoi il est enfermé ici et

pourquoi il joue à ce jeu… Il se relève ensuite, avance, revient devant le prie-

dieu, et il déclare séance tenante, déclare à une chaise sur laquelle l’homme

s’agenouille ordinairement pour prier  : « Vous êtes vous-même pire qu’un

dealer, docteur, puisque vous essayez de me faire prendre de l’aspartam pour du

sucre. » 


(Le personnage, que joue Junky, tourne à nouveau en rond dans le jeu.)


Junky − … Puis il repart !… Le ciel tourne alors pour le soleil ; il saute ! 
                             
− Pussylight !  Pussylight ! − Le ciel cherche à s’agenouiller en plein vol,

comme une espagnole pour une passacaille, une jeune danseuse en transe, six

heures durant, dans une boîte de nuit. Et, derrière la danseuse, un avatar informatique

tourne, saute et reproduit, par courant électrique et galvanisme, les dernières

contractions des nerfs d’une main sur une console…


(Son personnage revient, dans le jeu, vers le dealer.)


Junky – L’influx nerveux revient alors vers le dealer ou le prie-dieu, n’importe lequel

des deux fera l'affaire ! « Cela va ? lui demande-t-il. Pourquoi personne ne me répond ?

Pourquoi personne n’est là, quand je crie ? Tu sais qui je suis ? Dis, tu sais qui je suis ?

Non ? Je suis les derniers influx nerveux d’une main sur une console de jeux,             

je suis l’avatar informatique d’un homme dont on a coupé la tête, il y a de cela

une heure. Je suis mort, tu comprends ? Je suis mort. MORT ! Et toi,

derrière ta console de jeu sur Internet, tu n’en sais rien, tu joues, tu poursuis ta

partie, tu ne sais pas qui je suis. Comment pourrais-tu savoir que l’homme,

derrière le personnage rencontré dans un jeu sur Internet, est mort ?»


(Silence. On voit, à l’écran, une tête de mort en surimpression dans le ciel de GTA 4. Le junky fait, dans le jeu, son quatrième tour sans un mot, puis il revient vers le dealer, 
comme pour lui parler.)


Junky – Je suis un personnage. J’avance, je me mets de côté, des écueils me

freinent. Je n’ai pas de vie, pas de sang dans les veines. Je suis un automate, je

 singe vos gestes, j’imite vos attitudes, je répète vos mots, une horloge souffle

mon cœur et vous donne l’impression que je respire. Vous pouvez pester quand

votre esprit va plus vite que le programme de la console, vous pouvez crier pour

que je démarre ou que je dégage plus vite. Votre main poussant la manette à sa

limite, vous pouvez me casser parce que je ne réponds pas à vos attentes et

revenir chez le vendeur avec ma garantie. Vous pouvez me transformer en autre

chose que le modèle initial et créer un avatar qui n’était pas prévu par mes

concepteurs. Vous pouvez me critiquer, gloser et me donner une note comme

un élève, ou faire de moi l’image de la femme que vous avez perdue, parce que

vous n’avez pas fait son deuil. Vous pouvez convertir la monnaie de

singe que je vous tends à l'écran avec de vrais billets, afin de faire des transactions

avec des "vrais" hommes, ou me transformer en une "vraie" compagne, comme

votre chien, votre maîtresse ou la télé, exutoire et processus de renacissisation.

Vous pouvez me montrer dans les meetings afin que les masses croient en vos

histoires et vous louent pour cinq ans ou la vie. Vous pouvez être chevalier blanc,

condottiere, chien de paille ou maître du monde...

     (Junky fait à nouveau tourner son personnage dans le jeu.)

... je tourne, je tourne, et la vie tourne son œil avec moi hors des événements

et des révolutions, tourne, tourne, telle une spire tirée dans la nuit

par un artificier, tourne, écran plasma Walt Disney présentant la version numérique,

temps réel, le champ d’honneur, tourne et saute, cible située, saute, l’Indien,

le champ d’honneur, en plein jour, saute ou fait l’amour.

Le "vrai" homme saute ou tourne ou se marie avec un simulacre

qu’une nouvelle forme de jurisprudence aurait consacré homme ou femme, à sa

guise. Dieu tourne et l’Indien tourne avec vous, le monde leur semble plus gai,

ils croient tout,ils aiment tout et ils se sentent plus fort ; ils aiment votre

compagnie, avec elle,  ils ne se reconnaissent pas de limites, parce que vous

n’existez pas, vous n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous

n’existez pas, vous   n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous

n’existez pas, vous n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous

n’existez pas, vous n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous

n’existez pas, vous…


Noir à l’écran et dans la salle.

(La phrase se poursuit après la dernière image du jeu vidéo.)


 
n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous   

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous



(Voix-off de femme, alors.)


Voix de femme – Avez-vous fait votre métanoïa ? Avez-vous réussi à changer

de peau ?

Oui ?

Non ?

Vous rappelez-vous de votre ancienne identité ? Dans quel monde vivez-

vous maintenant ? Quelle est votre adresse ? Dites-nous en plus sur vous. Nous

voulons vous connaître d’avantage. Dites-nous qui vous êtes.

Vous rappelez-vous de votre ancienne identité ? Parlez-nous. Dites-nous ce que vous

êtes devenu. Vos proches et vos parents ont le droit de savoir. Ne les laissez pas

sans nouvelles de vous. Vos parents et vos proches ont le droit de savoir.

Avez-vous fait votre métanoïa ? Avez-vous réussi à changer de peau ?

Oui ?

Non ?

Vous rappelez-vous de votre ancienne identité ? Dans quel monde vivez-

vous maintenant ? Quelle est votre adresse ? Dites-nous en plus sur vous. Nous

voulons vous connaître d’avantage. Dites-nous qui vous êtes.

Vous rappelez-vous de votre ancienne identité ? Parlez-nous. Dites-nous ce que vous

êtes devenu. Vos proches et vos parents ont le droit de savoir. Ne les laissez pas

sans nouvelles de vous. Vos parents et vos proches ont le droit de savoir…

 
n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous  

n’existez pas, vous n’existez pas, n’existez pas, vous n’existez pas, vous

 

mercredi 3 juin 2015

Les Quatorze Lettres du Christ - Superdada (1)



Kurt Lohse, Portrait de Superdada (alias Johannes Baader), 1929 




JOHANNES BAADER EST NÉ EN 1875 À STUTTGART. IL ÉTAIT ARCHITECTE. LE 19 JUILLET 1918, IL ÉCRIVIT LES HUIT PRINCIPES MÉTAPHYSIQUES, À PROPOS DESQUELS IL AFFIRMA : « JAMAIS ILS NE POURRONT ÊTRE SUFFISAMMENT RÉIMPRIMÉS. »  IL PRIT LE TITRE DE SUPERDADA ET SE PRÉSENTA AUX HOMMES COMME PRÉSIDENT DU GLOBE TERRESTRE. IL EST MORT LE PREMIER AVRIL MILLE NEUF-CENT DIX-NEUF.
 


Biographie (source Wikipedia)

Johannes Baader, né le 21 juin 1875 à Stuttgart en Allemagne et mort le 15 janvier 1955 à Adeldorf en Bavière, (Allemagne),  [le 1° avril 1919] était un architecte et écrivain [p-r-o-ph-ète] dada allemand.

Après des études d'architecture à l'École nationale du bâtiment et de la construction de Stuttgart, doublées d'un apprentissage de la maçonnerie, Johannes Baader devient architecte à l'Union des artistes pour la sculpture tombale monumentale de Dresde (1903).

À la visite de conscription, il est déclaré inapte au service militaire pour cause d'une psychose maniaco-dépressive [à cause de ses visions mystiques].

En 1914, il écrit et publie Les Quatorze lettres [du] adressées au Christ dans lesquelles il se présente comme sa réincarnation [il se change en Christ] et, à la déclaration de guerre, il adresse une lettre à Guillaume II, lui interdisant de poursuive le conflit, ce qui lui vaut une condamnation de deux ans. Il réalise des dessins utopiques, métaphysiques et messianiques aux dimensions monumentales, qu'il nomme "architecture spirituelle".

Installé à Berlin, en 1915, il rencontre [le dadasophe] Raoul Hausmann. En 1917, ils contribuent à la revue "Der Dada" et mènent des actions spectaculaires comme celle de fonder une "église-refuge" pour protéger les déserteurs. À la fin de 1918, Baader publie le tract « A.K.12 » dans lequel il établit un parallèle entre les versets de l'Apocalypse et la date de l'armistice qui entérine la défaite de l'Allemagne. S'autoproclamant [dada suprême ou Superdada] "Oberdada"   (Chef dada ou Super dada), il provoque le scandale par un spectacle présenté dans la cathédrale de Berlin et intitulé « Christus ist euch Wurst » (Tu te fiches du Christ) ["Vous vous foutez du Christ"]. Arrêté pour blasphème, Johannes Baader écrit au ministre de la Culture pour revendiquer son droit à la liberté d'expression.

En 1919, toujours avec Hausmann ([qui dit de lui :] « Sans Baader, Dada n'aurait pas eu lieu à Berlin » [Je souligne]), ils fondent l'"ARDUA" (Antinationaler Rat der Unbezahlten Arbeiter (Comité anti-national des travailleurs non payés)), le "Club der Blauen Milchstrasse" (Club [le peep-show] de la Voie Lactée) et annoncent la naissance (pour le 1er avril) de la république dadaïste Nikolassee (Tristan Tzara n'a cessé de proclamer que tous les Dadas sont présidents). En juin de la même année, après avoir annoncé la [avoir été] mort puis la résurrection d'"Oberdada", il [Superdada ressuscite et] participe à la première exposition Dada à Berlin avec son installation monumentale « Grandeur et déclin de l'Allemagne (Histoire fantastique de la vie d'Oberdada [de Superdada]) » : assemblage de photos, journaux et divers objets d'une hauteur de près de 3 mètres, dont il ne reste que quelques photographies.


Grandeur et déclin de l'Allemagne (Histoire fantastique de la vie d'Oberdada [de Superdada]


En réaction au traité de Versailles signé le 28 juin 1919, Baader publie « Buch des Weltfriedens-Handbuch des Oberdada (Livre de la paix mondiale - Guide de l'Oberdada [de Superdada]) ». Lors de l'instauration de la République de Weimar, il jette des tracts « Les Dadaïstes contre Weimar » dans l'enceinte de l'Assemblée nationale et se proclame "Pprésident du Mmonde et de l'Uunivers" sur sa carte de visite.

Après sa période dada, il pose sa candidature aux cours de Walter Gropius au Bauhaus mais elle n'est pas retenue [Les cons !]. En 1920, il quitte Berlin pour Hambourg où il travaille comme journaliste. Dans les années 1930, son goût pour la mythologie le fait passer, à tort, pour un adepte de l'idéologie nazie.

Johannes Baader reste un dadaïste méconnu [alors que dada Berlin, c'est lui, selon Raoul Hausmann !] à cause de la destruction d'une grande partie de ses manuscrits et albums de collages. Au moment de quitter Berlin, il les confie à une amie. En 1939, celle-ci les emporte en Poméranie, mais la maison où elle s'est réfugiée est pillée par l'Armée rouge. Les documents restés à Berlin ont échappé à la destruction de la capitale.

... donc,
... en
avant-première,

...et 

dans 

la 

langue 

de Molière,

après 100 ans,

sorti des Manuscrits de la Mer morte,

de la Bibliothèque de Nag Hammadi 

comme des sermons du Prophète allemand



:

le Nouveau Nouveau 

TestiTestament

DADA
DADA

:



LES QUATORZE LETTRES DU CHRIST



UN CADEAU D’ANNIVERSAIRE

À ERNST HAECKEL

POUR SON DÉPARTEMENT UNIVERSITAIRE,

DU PROPRIÉTAIRE DU PEEP SHOW
 SUR LA VOIE LACTÉE

 
ARCHITECTE J. BAADER / ÉDITEUR DE JOURNAUX INTIMES
BERLIN-ZEHLENDORF

*

AU PLUS GRAND CHERCHEUR
DE LA NOUVELLE ÉGLISE DU CHRIST


ERNST HAECKEL


POUR SON
QUATRE-VINGTIÈME
ANNIVERSAIRE

Le 16 FÉVRIER 1914



JOHANNES BAADER, ARCHITECTE
 
*
  

 
Berlin, le 17 Mars 1914


    Celui qui se tient debout sur les nuées proclame que le signe du Fils de l'Homme est apparu dans les cieux lorsque la planète SATURNE est entrée dans la constellation du TAUREAU et que la Croix, avec les étoiles fixes ALDEBARAN, BELLATRIX, BÉTELGEUSE, POLLUX, CASTOR, BÉTA AURIGAE et CAPELLA, s’est manifestée sur Terre. Il interdit donc aux hommes de se désigner comme « CHRÉTIENS » tant qu'ils ne suivent pas à la lettre l'Écriture qu'ils appellent sainte, enregistrée en tant que Mot et Volonté propres, après qu'ils la profèrent.

    Mais, écoutez : le drame terrestre du « CHRISTIANISME » en est à son terme et un jeu nouveau se profile à l’horizon ; sa musique retentit déjà. Les gens savent désormais qu'ils sont au ciel ; je veux pourtant que ça se passe là-haut de façon convenable. Je demande donc que chaque homme reconnaisse la religion qu’il s’est forgé comme étant la seule et ce, d’une façon exclusivement fanatique et zélote ; celle-ci sera la seule vraie religion à l'avenir. Car la religion est un commandement divin transmis non plus à l’ensemble de la communauté humaine, mais à chaque individu pris isolément. Et comme le chiffre Un se distingue du nombre Deux, la religion d’un tel doit être différente de celle de son voisin.

    Je veux que resplendisse ici-bas la liberté totale de l’esprit, régie par la beauté.

        Celui qui est revenu sur Terre gouverner les vivants et les morts.


JÉSUS CHRIST

 
*


MÉTACHIMIE



    Dieu dit : je passai à travers la Voie Lactée, après avoir vu au loin un petit croissant d’argent brillant, qui se tortillait comme une phalène à la flamme d’une chandelle. Je sentis que j’étais attiré au loin, si bien que je ne vis bientôt plus aucune étoile sous la voûte noire des cieux.
    Et le petit croissant resplendissant à mes yeux se rétrécissait ; il devenait comme un point luisant faiblement dans des cieux noirs de jais et disparut complètement.
    Je voyais aussi devant moi des myriades d’océans solaires, sur la Voie Lactée, se perdre dans l'espace jusqu'à ce qu'il n’en reste plus rien. –
    Et cela, que je voyais, Dieu en parla à l’homme : c’est ton âme, dit-il. Et c’est la première chose que je te montre : ce petit croissant brillant dans le ciel obscur. Et lorsque tu t’approches de lui, tu te développes en lui dans ton monde ; et du néant, de ce point, se déroule tout ce qui est, que tu vois en un ensemble, tour à tour terre et ciel.
    Et je vis et je parlai alors pour la deuxième fois, tel Dieu à l'homme : ton âme. Et des myriades d'âmes sont ton corps et tes entrailles. –

    La SCIENCE nomme l'âme impondérable et l’appelle atome de l'éther lumineux. L'atome de l'éther lumineux a le même fondement que la nébuleuse en spirale de la Voie Lactée et il est aussi grand qu’elle lorsqu’on est positif, c’est-à-dire quand on la sillonne de l’intérieur vers l’extérieur ; ou aussi petit qu’elle, quand, de façon négative, on la contemple de l'extérieur.

    DIEU est le sommet de l'univers ou le point minimum dans l’UNITÉ, en qui et par qui tout est régi.

    La RELIGION est le commandement de Dieu à son monde, ou à une partie de son monde, à jouer selon l’air et les règles du moment.

    L’HOMME est l'état d'âme qui est appelé homme, et qui est vécu et éprouvé selon les lois humaines de ses âmes individuelles.

    La MORT est le tournant que prennent les âmes individuelles vers de nouvelles expériences.

    La VIE est l'état éternel de la substance de l’âme.

  
 *

 
                  LE PÉCHÉ EST MAINTENANT DEVENU SAINT.

     LES ATHÉES REÇOIVENT DÉSORMAIS LEURS COMMANDEMENTS DE DIEU ET ILS ONT UN RÔLE IMPORTANT À JOUER DANS CE MONDE, MONDE DONT LE POÈTE SE TIENT À DISTANCE, AFIN DE MIEUX PUNIR LES ACTEURS QUI JOUERAIENT BIEN LEUR RÔLE.

     L’IDÉAL ÉTHIQUE LE PLUS HAUT EST ATTEINT PAR CELUI QUI SAIT CE QUI EST LE MIEUX POUR LUI, ET QUI AGIT EN CONSÉQUENCE, DE TOUT SON CŒUR.


*

LES SEPT PREMIÈRES LETTRES



À MARTIN FASSBENDER, PAUL GOEHRE,
KARL JENTSCH, FRIEDRICH STEUDEL,
WILHELM OSTWALD, OTTO JULIUSBURGER
et ARTHUR DREWS
 

* 

PREMIÈRE LETTRE
 
Au Professeur et Docteur Martin FASSBENDER[1],
Membre du Reichstag et de la chambre des députés prussienne,
Berlin-sud, Anhaltinerstr. 7.

6 janvier 1914.
À l'auteur de l'article:
"DIEU ET L’ÂME" (Journal “ROTER TAG” du 6. janvier 1914)
 
 
Je crois, et vous trouverez avec moi le miracle de l'eucharistie dans ce processus 
qu’on appelle communément "psychique", que le symbole de la 
transsubstantiation[2], en communion ouverte avec le cœur et la volonté des 
hommes ci-présents – ce symbole, donc, ne laisse pas le Rédempteur de devenir 
vraiment vivant. En ce sens, la transsubstantciation reste l'une des plus hautes 
glorifications de la magnificence divine. Mais l'Église, qu’ils appellent "catholique",
 n'a pas été, jusqu’ici, suffisamment accomplie et ne devait pas, à bon droit, 
s’appeler catholique universelle, car, avec le cercle de ses ailes, elle ne s’est pas 
étendue sur toutes les splendeurs de la magnificence divine. Vous devrez vous 
en occuper à l'avenir, si vous voulez rendre à la culture de la Terre le service 
pour lequel je l’ai préparée.
 
 
                                                                                Architecte Johannes Baader 
                                                                            Né le 21 Juin 1875 à Stuttgart
 
 
  DEPUIS 1874 LE CHRIST, QUOIQU’INVISIBLE, EST BIEN SUR TERRE ; 
EN 1914 COMMENCE LE MILLENIUM ; LE CHRIST SE REND VISIBLE, 
DÉTRUIT L’ANTÉCHRIST (LE PAPE)
 ET DONNE LE CHOIX À TOUS LES HOMMES 
DE SE PRONONCER POUR OU CONTRE LUI. 

(Signé). VIVES Y TUTO                                                                        RUSSEL  
                                        ˶ OREGLIA  
                                      ˶ RAMPOLLA[3]   
 
 
SIRÈNE DU MIDI
 Isaïe, 63
 
 
(Traduction : Bruno LEMOINE) 


[1] Die Wandlung signifie en français le changement, la transformation, la conversion, mais aussi la transsubstantiation, c’est-à-dire la transformation d’une substance en une autre, comme dans l’épisode des Noces de Cana dans le nouveau testament, où il est dit que le Christ a changé l’eau en vin. Ici, la transsubstantiation est le passage – d’ordre « métachimique », selon Superdada – de la substance qu’est le Christ en l’homme, lors de l’eucharistie.

[2] Martin Fassbender fut député du Reichstag, journaliste et membre de l’organisation catholique Caritas, qui compte, de nos jours, parmi ses membres, l’ex-directeur français du FMI, 
le grand argentier Michel Camdessus. 
 

[3] Les signatures Oreglia et Rampolla, en bas à gauche de la lettre, portent le nom de deux cardinaux qui ont eu un rôle important lors du conclave de 1903, qui voit l’élection du pape Pie X (mort en août 1914). José de Calasanz Félix Santiago Vives y Tutó (1854-1913) est un capucin et cardinal espagnol 
qui fut le confesseur de Pie X ; on lui doit l’encyclique Pascendi contre le modernisme. Russel (la 
signature de droite) devrait être le pasteur américain Charles Taze Russel qui fut à l’origine de 
la secte des Témoins de Jéhovah. Selon ce Russell, le Christ était de retour de façon invisible depuis 
1874 et la destruction de toutes les institutions de ce monde, suivie de l’établissement du royaume de 
Dieu, prévue pour 1914. Ici, Superdada, par malice, reprend à son compte le nom de signataires que 
tout oppose : orthodoxie (à gauche) vs hétérodoxie (à droite). Nous sommes,avec cette première lettre, 
à quelques mois de l’attentat, à Sarajevo, de l’archiduc François-Ferdinand.