samedi 22 mai 2021
Politique de l'auteur - 2 -
jeudi 28 janvier 2021
Fanons VI
A bientôt, j'espère.
Film de Chris Marker
Rhodiacéta, Besançon,
Mars 1967.
- VI -
Et voici Jonas attaché à sa baleine,
& s’y
lovant par des liens aussi invisibles que
les ventouses d’un poulpe
tenant sous l’eau à un rocher .
Ou bien tel le roi de Sparte
traquant
Protée sur l’île de Pharos,
au milieu du troupeau des phoques de Poséidon .
Le roi spartiate Ménélas,
recroquevillé
ici-même,
& caché camouflé
guettant
au milieu du troupeau de
phoques
le dieu marin Protée,
sa proie
qui doit lui révéler son destin,
caché terré là,
sur l’île de Pharos,
aussi fin dans sa tanière qu’un cheveu
confondant
confondu
aux branches branchies chries
éperdu perdu dans le décor,
Ménélas
guette
sa proie/Protée,
fait le mort,
se dissimulant
dissimulé
et plus bas que terre,
à ras de sol,
jusqu’à devenir la proie/Protée
qu’il attend .
Or la baleine,
comme Protée ravi par Ménélas,
pour que les vents gonflent
les voiles de son navire,
est la nuée qui ramène
Jonas sur
terre .
Immixtion
aussi :
l’immixtion des mains pressurant
l’air pour adhérer à la surface de la roche
et faire un avec elle .
La viscosité acide des mains
de tes
mains là
entant
l’air l’eau
le
poisson ses dents la roche
et par
laquelle pressurant les
structures
molaires & moléculaires
de
l’un et l’autre organismes
se
nouent une seconde,
avec
un même cœur,
ton
cœur,
regarde,
là :
quelque chose à
l’intérieur
sous la paroi du
poisson
retenue par de lourdes
poutres
creuse ici son tunnel
et souffle de l’air
des ventilateurs
pour assécher conserver
faire tenir la peau de
la baleine
une soufflerie le bruit
du moteur une soufflerie
alentours au fond et sous
le plancher métallique
que suivent, dans
l’animal, des hommes suant sang et eau,
des hommes tenant de
longs tuyaux
pour que la peau du
batracien
demeure toujours humide
.
Puis, au fond,
plus au fond,
toujours,
le bruit strident
assourdissant
d’une
haveuse
creusant la veine
-- sans mentir,
une vraie, une
authentique :
HAVEUSE,
un monstre aux
multiples têtes de vrilles
et tarières métalliques
enfoncées dans le cuir
dur et noir
au fond dessous le
cloaque d’une baleine morte
de cette baleine
morte,
échouée
et amenée là
, échouée,
au centre d’une ville
de province,
sur place,
au centre-ville,
par des forains, semble-t-il
.
Oui :
une baleine ,
cette
baleine à gonfler
creuser monter démonter
pour servir
d’attractions à des enfants et à leurs parents,
mais aussi pour le
lecteur que tu es, toi .
Regarde la gigantesque
vrille :
sous l’animal mort
depuis longtemps,
une haveuse
sous la peau de ce
géant des mers :
creuse creuse l’animal
pour
agrandir faire
augmenter
le volume de
l’attraction foraine .
Puis la haveuse
s’arrête
net
là
.
Elle s’arrête net là, et
le silence revient sous
les poutres,
dans le noir,
un silence qui dure,
insiste,
revèche .
Enfin, la voix enrouée du porion,
contremaître des mers hautes et basses,
retentit à nouveau, sous la voute,
pour que la cadence reprenne :
« Jonas !
Jonas ! », hurle le porion, maintenant paniqué .
Mais Jonas n’est plus là .
Jonas a disparu maintenant . Et
le prophète a emporté avec lui
les clés pour faire marcher la
haveuse !
Déposé sur le siège
près du volet, le porion
découvre alors,
à la place de son ouvrier
Jonas,
une feuille de papier chiffonné
qu’il déchiffre à la lumière
d’une
lampe de poche ou de benzine :
« Vous voulez retrouver les clés
de la haveuse ? a écrit
Jonas avant de partir .
Il faudra payer ! »
Tout
se paie un jour .
*
Voilà 3784 mots :
J’ai fini ma journée .
Bonsoir .
mercredi 13 janvier 2021
Fanons - V -
Laissez-nous vivre
loin de vous,
songe
le mineur
dans
son boyau, laissez-nous
soujouer
à fond
de cale,
sous
les voutes
dans
les soutes .
Certains
d’entre
eux,
mineurs
sous
terre,
imaginèrent
alors ,
au
niveau 530
à
fond
de
trou
,
parmi 300 camarades
mineurs
comme
eux,
sous
terre,
que :
le
fait qu’ils r-
-r -a ra-lentisse-
R
A
L
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LA CADENCE
ne
se verrait pas .
« Ah, si j’avais pu avoir les
mots, les mots, des mots,
une pensée,
à l’instant de ma naissance ! »,
songe maintenant l’enfant,
devenu lucide sur lui-même .
« Si elle avait pu me garder
en elle et me laisser vivre,
comme je l’entendais alors,
à l’état de lare & larve,
au tréfond de tout,
derrière ses fanons !
Si elle-même avait pu
vivre ainsi, et sa mère avant elle,
et la mère de celle-ci, et sa mère,
et sa mère,
et sa mère,
jusqu’à Thalassa,
telle une immense poupée gigogne !
si ⸻ » Rien de plus naturel qu’un mineur
qui fasse la grève du
zèle
ou un poète qui …
s’arrête …
. là .
Il faisait froid et
noir,
dans la baleine,
et il n’y avait presque
rien de visible,
hormis,
à l’autre bout de
l’animal,
une lueur indiquant la
sortie
…
« Car,
comme Jonas fut
dans le ventre du
cétacée
trois jours et trois
nuits,
ainsi le fils de
l’homme sera
trois jours et trois
nuits
dans le ventre de la
baleine . »
Matthieu, 12, 40
Au Nouveau Testament
et à ses apôtres,
j’ai toujours préféré
L’homme
qui était mort,
l’évangile de DH
Lawrence.
Il y est dit que Jésus,
au sortir de la tombe,
et réveillé de son
coma,
ne voulut plus être un
dieu,
mais un homme .
Il laissa alors
derrière lui
ses évangélistes .
Il quitta la Judée,
se maria avec une
prêtresse
d’Isis en Egypte,
et il eut de nombreux
enfants
que la postérité a
oubliés .
Peut-être
L’homme
qui était mort
de D.H. Lawrence
est-il plus proche de la
vérité,
sur la mort du Christ,
que les évangiles des
apôtres .
Peut-être que le sort d’être
un dieu
est-il si redoutable
En 2014, l’Etat islamique que ⸻
détruisit, à Mossoul en Irak,
la tombe du prophète Jonas
qui se trouvait dans une mosquée,
sur le tell de Nebi Yunus .
Dessous lui, des archéologues
découvrirent, sur le tell,
un palais souterrain
érigé par le roi assyrien
Assarhaddon,
au septième siècle avant le Christ .
Le tombeau de Jonas était faux,
un monument érigé pour les pèlerins
depuis des siècles,
mais le palais d’Assarhaddon, lui, est vrai .
« Mais le chaînage
qui fonde la
réalité,
laquelle
est relation,
resterait finalement invisible,
si ⸻ »
Günther Anders, « Sur
le photomontage »
« Mais le chaînage
qui fonde la
réalité,
laquelle
est relation,
resterait finalement invisible,
si ⸻ »
Günther Anders, « Sur le photomontage »
Le chaînage
resterait finalement invisible,
si ⸻ »
le photomontage Le chaînage
resterait,
comme
trame,
découpe
apparente
sur tissus :
La
marque des ciseaux, ici . oui .
comme fausse tombe fausse baleine vraie mine vraie mère faux évangiles vrais
rouleaux vrai
prophète faux dieu faux scribe vrai
ouvrier
vrai contremaître faux embryons vraie vie vrai ricin vrai ou faux
si
vous voulez vrai vrai ou faux si vous voulez faux
comme
vous voulez montez vous-même l’Histoire
samedi 9 janvier 2021
FANONS - IV -
![]() |
Pieter Lastman, Jonas et la baleine (1621) |
- IV -
Qui quoi quel monde me fera oublier mon intention première de ne pas être là où l’on m’a fait
être ? Car je n’ai pas eu d’intention,
voyez-vous . Au milieu des hommes, comme dans le ventre
d’une baleine, je rêve de l’immobilité
des pierres .
Moi, je suis dans ma baleine, comme dans les plis, les jupes d’une mère, et dans ma baleine, dans ses replis, ses volants,
ses jupes, dans cette baleine-ci, je cours encore, je fuis encore, comme un enfant, la tête dans les jambes de sa
génitrice, fuit, lui aussi, et l’horizon et Dieu . Et l’enfant et moi-même cherchons plus avant à rentrer de nouveau les plis les replis les chairs les vagins les corps les fanons de notre baleine à
nous, loin du regard de Dieu et des hommes, jusqu’à ce que les corps des mères et de Dieu cèdent à nouveau par le mouvement de notre
fuite en avant .
-- Ah, qui a réécrit,
sinon des hommes, le livre de Jonas que les chrétiens
lisent maintenant ? Quel scribe et pour
quel roi a changé les mots de mon
histoire ?
J’ai soujoué avec Lui, voyez-vous, voilà ce que vous devriez entendre maintenant dans mon Livre . Moi, Jonas, j’ai fait ce que Yahvé me commandait de faire : j’ai été son prophète, afin que, après cela, Il m’oublie.
Aussi, lorsque la baleine m’a craché sur la plage, comme une glaire au soleil, je me suis laissé enfoncer par un archange son dessin rouge & or dans le corps, j’ai eu son feu sacré innervant, tel un poison, mon sang, et j’ai accepté sa mission, voilà tout .
Je suis ainsi parti dans la cité de Ninive, à mille lieues de Jérusalem, et j’ai joué les oiseaux de malheur, là où Dieu avait des impôts à lever, des moutons à tondre et des âmes à glaner . J’ai été le parfait commis d’un démiurge !
Aussi, lorsque la cité
de Ninive m’a vu arriver, hurlant que Dieu voulait la mort de ses enfants pour ses fautes, elle n’a pas
trainé à me donner son or, ses fils et ses
femmes, ses habitant n’ayant
alors pas plus le choix que
moi, figurez-vous . Quel choix avions-nous contre Lui ? Aucun ! Et l’anecdote… l’anecdote
du ricin qui poussa dans mon
sommeil par volonté divine, au
sortir de Ninive, est
une faribole inventée par des prêtres à la
solde des rois et des papes d’alors, pour faire croire que
j’étais un idiot, ignare,
bête & stupide, mais que le Très-haut,
là-haut, sur son nuage haut fut,
lors, assez beaucoup ou incommensurablement généreux bon &
munificent -- oui -- avec moi, ayant toute mansuétude pour pardonner mon orgueil l'orgueil l'arrogance mes caprices, et m’épargner .
Pourtant, dès que j’ai terminé mes prophéties à Ninive, je suis rentré chez moi, croyez-le ou non . Je n’ai pas campé aux abords de la cité assyrienne, attendant que mon maître cruel la détruise . Je n’ai rien contre Ninive, le sort de ses hommes m’étant totalement indifférent . Pourquoi aurais-je attendu que Dieu fasse pousser un ricin au-dessus de moi pour me faire de l’ombre, tandis que j’attendais son ire et ses foudres sur la ville ? Pourquoi chercher à me faire de l’ombre à moi ? Pourquoi même aurais-je espéré en un Dieu vengeur ? La seule chose que je souhaitais alors, c’était rentrer chez moi . Ma maison valait plus pour moi que les lubies d’un despote, fût-il Dieu, qui m’avait enrôlé pour que je lève ses impôts, fasse tourner sa maison et l'engraisse ! |






