lundi 26 août 2013

Sans nombril (1)

Sans nombril est le titre d'un essai, qui fait suite à La souillure que j'avais déjà posté sur ce blog à la date du 13 janvier. J'ai, entre temps, remanié La souillure et obtenu une préface de l'écrivain Jean-Michel Rabaté, l'auteur de Etant-donnés 1- l'art, 2- le crime paru aux Presses du Réel il y a trois ans. Je l'en remercie à nouveau ici.

Pour des commodités de lecture, je publierai ce texte en trois ou quatre morceaux. Sans nombril pourra ainsi se consulter plus aisément, je pense.

Voici.


*


« l'art et la vie, le fameux lien!
c'est intéressant.
ça me rappelle l'histoire de jacques lizène qui pour sa vasectomie durant une performance avait lu l'inconvénient d'être né de cioran.
à la fin de sa performance quelqu'un vient le trouver pour lui dire que cioran avait des filles.
ou encore
paul mac carty, jeune adulte, apprend que quelqu'un (yves klein) à paris s'est jeté dans le vide.
il fait pareil du balcon situé au 3ème étage et se casse une jambe.
ce sont ses débuts dans l'art.
il apprendra plus tard qu'il s'agissait d'un photomontage.
oui, l'art et la vie:
certains le font. »

Éric Madeleine








Adam et Ève,  tableau de Jean-Baptiste Santerre (1717),
vandalisé à New York en octobre 2012 par un inconnu
qui s’est ingénié à enlever les nombrils sur les corps du couple originel.
Le tableau se trouve à la Doyle N.Y. Cie


La catastrophe



    Cioran s’étonnant, dans Histoire et utopie : comment ce monde fait-il pour tourner encore ? Aussi peu de guerres, aussi peu d’épidémies s’abattant sur lui, aussi peu de catastrophes ! La catastrophe, pour Cioran, est inéluctable. L’homme peut toute sa vie éviter les gouttes, s’il a de la chance, mais il n’a pas à avoir peur de la catastrophe, si elle le surprend, ni à l’aimer ; il n’a pas demandé à vivre, pourquoi s’ennuierait-il à rester en vie ou à sauver une peau qui, somme toute, lui est étrangère ? Pour Cioran, la naissance est une catastrophe, il n’y a même qu’une seule catastrophe, c’est la naissance. Or, si la mise au monde est le plus grand malheur s’abattant sur l’homme, le fléau premier, la vie entière est une dévastation : « Nous   ne   courons   pas   vers   la   mort,   nous   fuyons   la   catastrophe   de   la  naissance,   nous   nous démenons, rescapés qui essaient de l'oublier. La peur de la mort n'est que la projection dans l'avenir d'une peur qui remonte à notre premier instant. »[1]
    Il s’agit alors de rester dans les marges de la vie et de rater mieux et le plus souvent possible, il s’agit de demeurer proche du rivage, afin que la mer nous reprenne. Cioran et Beckett ont ceci en commun que leur ontologie n’est pas négative, au contraire ;  la dévastation qu’est la vie humaine est, selon eux, bien réelle : « Elles accouchent à cheval sur une tombe, le jour brille un instant, puis c’est la nuit à nouveau. »[2], la tirade de Pozzo dans En attendant Godot de Beckett est connue. Ni Cioran ni Beckett ne réfutent la réalité de l’existence, mais l’espoir, pour eux, est une antienne, un leitmotiv, et, même, le principe d’espérance du philosophe Ernst Bloch, ce principe selon lequel tout homme chercherait à survivre et qui détermine, selon Bloch, la marche de l’Histoire est un leurre : nous n’avons pas à courir avec le parc humain.

    La première catastrophe est donc la naissance, de sorte que toutes les autres catastrophes de la vie et de l’Histoire sont secondaires. Secondaire, une axiologie des catastrophes qui prétendrait en donner une échelle entre mineure et majeure, secondaire, en l’occurrence aussi, la chronique des fléaux humains, la réparation des injustices ou l’acceptation tacite des sociétés à la politique des gouvernements. L’apocalypse, qu’elle soit le fait de la nature, des hommes ou d’un dieu, tout tremblement de terre de Lisbonne, tout tsunami, tout génocide, tout Tchernobyl comme tout Fukushima ne devraient pas nous heurter. Peu importe que nous soyons embarqués, nous n’avons pas été libres de choisir entre cette vie-ci et rien du tout ;  la seule action possible dans ce monde est donc la tergiversation dans nos actes comme dans nos propos. Ce qui ne veut pas dire non plus que nous ne devons pas être solidaires et défendre notre congénère s’il est en danger. Nous pouvons être fraternels envers un homme, un groupe ou une société, mais notre fraternité sera une formalité à remplir, elle n’aura pas à devenir une valeur morale ou un principe de vie. Ainsi, Beckett sera boîte aux lettres pour la résistance durant l’Occupation et entretiendra, un temps, le peintre Bram Van Velde ; au fils de sa traductrice serbe cherchant, durant les années 60, à poursuivre ses études à Paris, il lui donne une somme d’argent permettant au jeune homme de vivre une année en France, avec ces seuls mots : « Ni retour, ni merci. »


*

    Dans le Chant IV du Purgatoire, Dante gravit une montagne qui semble ne jamais finir. Lors d’une halte sur un replat, le poète fatigué demande à Virgile, son guide, combien de temps encore avant d’arriver au sommet, et Virgile lui dit de ne jamais faiblir avant d’avoir atteint la cime, quand une voix se fait entendre derrière des rochers : « Peut-être auras-tu besoin de t’asseoir avant ! » Dante et Virgile s’approchent alors de celle-ci et découvrent le groupe des négligents, parmi lequel Dante reconnaît son ami Belacqua, un sculpteur de manches de luths et de guitares. L’âme de Belacqua explique alors au poète qu’il préfère demeurer ici, au début du purgatoire, parce qu’il ne croit pas pouvoir être accueilli au paradis. Mais en a-t-il même vraiment envie, du paradis ? Rien n’est moins sûr. Pourquoi donc Belacqua ne voudrait-il pas monter au paradis comme les autres ? Pourquoi ne souhaite-t-il pas pour lui ce que tous les hommes désirent pour eux ? Pourquoi pas réussir sa vie ?
   « O frère, monter là-haut, qu’importe ?
il ne me laisserait pas aller aux martyres,
l’ange de Dieu qui siège sur le seuil.
Le ciel doit d’abord tourner autant de fois
Autour de moi qu’il a fait dans ma vie,
Puisque j’ai retardé autant de fois les bons soupirs,
À moins qu’une prière ne m’aide auparavant
Venue d’un cœur qui vive dans la grâce.
Que vaut une autre, que le ciel n’entend pas ? »

    Belacqua n’attend pas vraiment qu’un ange vienne le sortir de sa situation. Au fond, puisqu’il n’a pas choisi de vivre, le paradis ne vaut pas plus, pour lui, que l’enfer ou le purgatoire. Belacqua tergiverse donc avec Dante, avec Dieu comme avec les hommes, et  sa tergiversation tourne en boucle avec lui, elle se mord la queue.
    Beckett reprendra le personnage de Belacqua dans ses romans ou au théâtre ; pour Cioran, son mentor sera le philosophe cynique Diogène de Sinope qui reprit Platon sur sa définition de l’homme en courant les rues d’Athènes, une lanterne allumée en plein jour, et criant : « Je cherche un homme ! » 

    Et c’est, en effet, de là que tout commence, de Diogène à Cioran ou Beckett comme aux clochards célestes de la Beat generation. Cela commence par une volonté de se dégager de toute contrainte avec le parc humain jusqu’à cette désignation à l’espèce des hominidés, que celle-ci se sente citoyenne d’Athènes, de Rome, de Sparte ou de Lascaux. Attaquer de front le logos platonicien, cette généralisation de l’homme à l’humus, qui va de la mise au monde à la mise à mort et amène avec elle son roman de formation. Tel roman commence avec les accoucheuses, que celles-ci mettent au monde des corps ou des esprits, comme Socrate, et il se termine avec les pleureuses accompagnant les morts à leur dernière demeure. C’est un roman, une fiction et rien d’autre qu’une fiction, mais celle-ci nous empêche de vivre et de mourir comme des chiens.


*



    L’avantage de la philosophie cynique, c’est qu’elle en reste au début de la marche de l’homme, au début de la montagne du purgatoire. Pourquoi l’homme ne marcherait-il pas à nouveau à quatre pattes comme un enfant ? Pourquoi ne serait-il pas un chien ; non pas un chien de garde qui aboie les étrangers pour que son maître dorme tranquille, mais celui qui aurait conservé quelque chose du loup. Un chien qui en resterait à la lisière donc et qui aurait gardé des relations avec la communauté des hommes comme avec celle des loups, mais sans choisir entre l’un ou l’autre groupe, et tergiversant chaque fois, lorsque l’une ou l’autre espèce souhaite l’accueillir en son sein : « Dites-moi donc pourquoi je vous suivrai, demande au loup comme à l’homme le sage cynique Diogène, à côté de l’amphore où se trouve sa paillasse. Vous me dites qu’un bonheur est possible dans votre société, mais que, pour l’obtenir, il faut subvenir à ses besoins en travaillant pour elle ? Libre à vous de penser avoir trouvé une meilleure place que la mienne de cette façon. Dites-moi d’abord les raisons de ma présence dans ce monde, parlons ensemble de cette catastrophe qui nous a mis sur cette terre et vous verrez que cette rumination sur nos origines nous fera accéder à l’étrangeté primordiale qui est en nous. Pourquoi donc remettez-vous toujours à plus tard une telle entrée en matière ? »
   
    Reprenons donc la marche ici même :
    Après avoir écouté à l’Agora le philosophe Platon discourir sur l’homme, Diogène de Sinope se met à le chercher dans les rues d’Athènes, une lanterne allumée en plein jour, nous l’avons dit. Il s’approche alors  des Athéniens et pointe sa lanterne sur leur visage, mais il ne reconnaît rien et il passe sa route en criant : « Je cherche un homme !»
    Ce que montre Diogène par cette manifestation contre Platon, c’est que « Je est un autre » toujours, aucun logos ne peut le comprendre. Il n’y a pas de généralisation humaine possible et il n’y a pas plus de « on » nous incluant dans une espèce que d’homme, parce que l’homme est une singularité initiale, un dieu ; sa part de souveraineté ne pourra jamais se satisfaire de vivre pour le bien être commun, s’il faut, pour cela, exister le plus souvent hors de « la sensation miraculeuse de disposer librement du monde. »[3] La liberté, que revendique Diogène pour lui-même, n’est rien d’autre que celle de demeurer un enfant qui ne saurait pas que la naissance et la mort existent, un enfant qui ignorerait ce qu’il doit à sa mère et vivrait donc dans un jour permanent avec elle, sans autre souci que de la voir et de la manger, elle, sans autre souci et sans raison que cette Chair dont il mange le sein, à la lisière de laquelle son moi se love comme du lierre ou un serpent.


*

    Le seul cataclysme existant pour le philosophe cynique est donc dans l’apprentissage du moi, ce moment où le nourrisson constate qu’il ne forme pas une chair indifférenciée avec sa mère. Il faudrait alors, pour se dégager de notre individualité, pouvoir remonter le cours de ce qui nous constitue en tant qu’homme, apprendre, en somme, à nager à contre-courant ; ce qui est, malgré ce que l’on croit, plutôt simple, représente même la mesure commune de notre être, comme l’écrit aussi, à sa manière, le philosophe Giorgio Agamben dans La communauté qui vient : « l’avoir lieu de tout être singulier est toujours déjà commun. »[4]
     Si le travail ou nos obligations n’étaient pas pour nous une seconde nature, nous demeurerions en l’occurrence des enfants, nos parents comme nous-mêmes, nous ne percevrions pas les êtres et les phénomènes comme séparés de nous. Aussi, ils sont plus nombreux qu’on ne le pense, ceux qui demeurent à la lisière, rien de plus simple à comprendre, rien de plus pertinent que les arguments de Belacqua à Dante, rien de plus concret que la philosophie cynique de Diogène par rapport aux élucubrations d’un Platon.     Le travail à effectuer chaque jour est, comme le devoir d’enterrer ses morts, une formalité à remplir, un rite comme celui de dire bonjour ou au revoir à son collègue de travail, il n’a pas d’autre sens que celui de nous faire garder la face ou de reconnaître celle de notre voisin, et nous l’effectuons le plus vite possible, l’on s’en débarrasse, comme d’une dent cariée ou d’un ongle incarné. 


(A suivre)



[1] De l’inconvénient d’être né, Cioran.
[2] Beckett, En attendant Godot.
[3] La souveraineté, Georges Bataille. P. 15.
[4] La communauté qui vient, théorie de la singularité quelconque, Giorgio Agamben. Seuil, « La librairie du XXI° siècle », Paris : 1990. P. 30.





samedi 24 août 2013

L'oeuvre ouverte, d'un art à l'autre - Jean-Yves Bosseur


Découvrir les textes de Jean-Yves Bosseur a été une surprise pour moi, faite sur les bancs de la fac de lettres à Dijon. Je découvrais alors que des textes, des musiques, des images ne pouvaient être des mondes hermétiquement clos ou des monades, ce dont l'Université, de par son caractère disciplinaire, a tôt fait de nous convaincre. Je n'ai, heureusement, jamais fait l'école normale et ne conçoit la littérature, comme toute forme artistique, que comme étant hors norme et hors paradigme scolaire ou scientifique. Du sonore et du visuel du musicien Jean-Yves Bosseur est donc un de ces ouvrages qui m'a enthousiasmé, jeune, parce qu'il m'a fait comprendre qu'un art s'articule avec d'autres arts naturellement, que rien n'est donc fermé, parce que tout, dans la vie, est expérience de plénitude. La musique s'articule donc naturellement avec la danse, le cinéma, la peinture et la poésie, et, s'il y a une spécificité à chaque art, celle-ci demeure ouverte. Comme dans le zen, un art est une technique que l'on doit oublier pour pouvoir vivre et jouer ; et Jean-Yves Bosseur, c'est cela pour moi : un musicien de l'ouverture et de la surprise ; d'où ses échanges multiples avec des poètes et des artistes, non seulement avec le peintre Alechinsky, les poètes Michel Butor ou Jean-Clarence Lambert, mais aussi avec des inconnus de tous horizons, parce que le grand art est heuristique, ou art de l'étonnement et de la surprise. Il fallait donc que Jean-Yves Bosseur revienne et reprenne L'oeuvre ouverte, cet ouvrage majeur d'Umberto Eco, et qu'il recherche ce qu'il en est aujourd'hui de cette poétique révélée par le sémiologue dans les années 60, il ne pouvait en être autrement.

Deuxième surprise, en lisant L'oeuvre ouverte de Jean-Yves Bosseur : la partie consacrée à la musique, et, notamment, à John Cage. Silence de John Cage a été une révélation pour moi, un ouvrage de poésie majeur, parce que, à mon sens, John Cage est poète avant même d'être musicien ; le poète américain David Antin me donnerait raison à ce propos : il n'y a qu'un poète pour pouvoir révolutionner la musique comme l'a fait Cage, l'inventeur du happening. Et, pour cela, il faut que je m'explique, en revenant à L'oeuvre ouverte d'Eco. Umberto Eco définit l'oeuvre ouverte de la façon suivante : "l'œuvre est ouverte au sens où l'est un débat : on attend, on souhaite une solution, mais elle doit naître d'une prise de conscience du public. L'ouverture devient instrument de pédagogie révolutionnaire" 

Une oeuvre ouverte peut donc être une recherche active et participative, en tout cas, elle est toute entière tendue, sa réception tendue, attentive, pourrais-je dire, vers un lecteur ou un public. Or, le premier texte qui ouvre Silence de Cage s'intitule paradoxalement "Communication", et "Communication" de Cage est une série qui semble ininterrompue de questions sur la communication proprement dite. "Communication" ne donne donc aucune réponse explicite sur ce qu'est la communication, parce que c'est un texte, d'un humour déconcertant, tout entier tourné vers l'entropie. Il ne s'agit pas de science de la communication avec Cage, mais de nescience, nous sommes dans l'Idiotie et l'anti-dialectique. La dialectique est l'art de poser les questions ; tout discours, toute science ou logos est donc dialectique, mais, là, non, pas pour Cage, c'est même tout le contraire ! Cage se tourne même vers le I Ching et le hasard pour choisir le nombre de questions à poser, se trompe, et reprend le I Ching pour avoir à nouveau un nombre nouveau de questions à poser sur la communication : Est-ce que cela communique ? Est-ce que c'est de la musique ? Est-ce de la poésie ? Et le bruit d'un camion ? Pourquoi un camion serait-il moins musical qu'une école de musique ? Nous sommes donc aux antipodes de la rhétorique d'Aristote ou de la Musurgie universelle, la rhétorique musicale du jésuite Athanasius Kircher, nous sommes aussi aux antipodes de la musique d'un Gustave Mahler : il n'y a plus de discours qui tienne, aucun discours ne peut tenir devant l’incomplétude du monde et le hasard, il n'y a plus que des questions à poser et qui se résolvent toutes dans un bruit entropique. L'artiste, le poète, avec Cage, devient aiguillon ou mouche du coche, comme Socrate, mais la mouche du coche socratique, non d'une seule maïeutique, mais de plusieurs, et toutes aussi singulières les unes que les autres. 

Jean-Yves Bosseur traite donc, dans son ouvrage, de la musique, de la littérature, des arts de la scène, des arts visuels et de l'architecture avec un égal bonheur, recherchant ce qu'il en est, jusqu'à nos jours, de l'oeuvre ouverte au public ou au lecteur. Et, puisque je suis, moi aussi au rayon littérature de son ouvrage, - et je l'en remercie ici - pour un roman intitulé Le livre ouvert, un livre impubliable, puisque non seulement ouvert, mais aussi volontairement inachevé, et que je mettrai bientôt en ligne, je vais jouer moi aussi aux aiguillons ici. 

La partie littéraire de l'ouvrage de Bosseur revient sur Le Livre de Mallarmé et Ulysse de Joyce, puis elle traite des combinatoires poétiques, des jeux de l'Oulipo, notamment Une chanson pour Don Juan de Michel Butor, un poème à composer comme un puzzle publié en 1972 et que j'avais chez moi alors que j'étais étudiant. Bosseur parle aussi de romans participatifs mis en ligne avant et après l'ALAMO, les textes assistés par ordinateur et les générateurs de textes ou syntext, notamment ceux de Jean-Pierre Balpe. La question que l'on peut se poser avec ce genre de littérature ouverte est propre à la sociologie de la communication d'Erving Goffman : quel rite d'interaction initie de telles oeuvres ouvertes ? Inventent-elles de nouveaux rites d'interaction avec le ou les lecteurs, comme, par exemple, Ghérasim Luca avec Levée d'écrous ou ses cubomanies, les talk poems de David Antin, les invitations du poète Jean-Pierre Le Goff, l'auteur du Cachet de la poste, Jochen Gerz, Vito Acconci, The phone call, ce service téléphonique de John Giorno proposant à l'auditeur des improvisations téléphoniques ? Quelle action, quelle dynamique de groupe est mise à l'oeuvre dans un roman participatif, mis à part ce qu'on appelle en informatique une interactivité restreinte ? Comment se fait-il qu'il y ait si peu à dire sur l'oeuvre ouverte en poésie (28 pages) et autant sur la musique (113 pages) ? Cela ne peut être seulement que Bosseur ne connaisse pas la poésie contemporaine, mais cela pourrait être dû à la spécificité de la littérature, qui utilise le langage, par rapport à la musique ? En effet, quand un compositeur crée une oeuvre musicale et demande aux musiciens de pouvoir inventer ou d'improviser, quand le compositeur Earle Brown crée, par exemple, une écriture musicale avec December 52, il s'adresse à des musiciens. Mais un lecteur est-il un écrivain ? Qu'est-ce qu'un lecteur ? Est-ce que cela existe, un lecteur ? Et, si oui, à quel moment peut-on jouer avec lui et faut-il lui demander toujours son avis, à ce propos, ou peut-on inventer des fictions avec ou contre lui ? Un storytelling dont vous seriez le héros ? Un alternate reality game, comme Michael Douglas dans The game, peut-il avoir lieu ? Quelle dynamique de groupe peut-on monter avec une fiction en ligne ou par sms ? Quelle éthique ? Quelle ligne à ne pas dépasser ? Quelle participation, quelle hospitalité, quel rite d'interaction pouvons-nous mettre en place avec un lecteur qui n'est généralement pas un écrivain ? Pourquoi aussi peu de poètes et de dramaturges se posent actuellement ce genre de questions, alors qu'elles lui sont non seulement contemporaines, mais quotidiennes (6 hoax dans ma boîtes mail en une semaine) ?


Le lundi 4 mai 2009, je donnais sur ce blog le principe du jeu de mon Livre ouvert :

Il s'agit d'écrire une histoire pour une maison, comme on écrit une histoire pour un roman.

Et bientôt, l'angoisse de la page blanche devient l'angoisse de la maison.

Le lundi 18 mai 2009, je rajoutais ces règles du jeu :

- Tu trouves une maison qui te plaît.

- Tu m'envoies la photographie de la maison.

- Tu écris un texte non plus pour un éditeur, mais pour l'homme ou la femme, propriétaire ou locataire de la maison.

- L'homme et la femme, propriétaire ou locataire, devront être ton (ou tes) lecteur(s) privilégié(s).

- Tu commences un texte dans lequel le propriétaire de la maison est un personnage ou plusieurs.

Tu écris un texte comme une enfant joue avec une maison de poupées.
- Tu envoies le texte à la maison.

- Tu sonnes quelques jours plus tard.


Si tu es content de toi, tu peux m'envoyer le texte.

Le texte peut donner suite à un jeu nouveau entre toi et le propriétaire ou locataire de la maison.


- Dis-moi ce qu'il en ressort.

- Envoie-moi le texte.


dimanche 7 juillet 2013

Saoule


Saoule, elle vient donc en été, à la terrasse d'un café,
ne paie pas la limonade de son enfant et repart.
La serveuse la rappelle :
semonces de la mère sans le sou,
qui n'admet pas qu'on la reprenne pour un euro.
La serveuse, impassible, se défend
et demande à la mère de se tenir devant son enfant.
Celle-ci prend la mouche, des clients interviennent,
mais une gifle part, un couteau sort
et une main devient rouge.

Testimony, récitatif du poète Charles Reznikoff,
ensemble de rapports policiers
présentant une cartographie du crime,
de 1891 à 1915, aux Etats-Unis ;
tout le sang du peuple américain semble y être compulsé
Air liquide comprimé en une flasque.

Un homme met son poing sur la blessure de la serveuse,
au flanc, les urgences et la police arrivent,
et ma déposition est prise à huit heures du soir,
après les autres clients.
Je demande alors à l'inspecteur une copie des rapports,
qu'il me tend, avec morve et cynisme :
" - Pour ce que cette histoire vaut... Qu'est-ce que vous allez en faire ?
- Les reprendre, monsieur l'inspecteur. Que va devenir l'enfant ?
- Je n'en sais rien, il sera placé dans une famille d'accueil par la DASS.
Pour la suite, c'est vous l'écrivain, à vous de lui écrire une vie.
Vous avez mon imprimatur."
Et je sors du commissariat comme un vampire avec sa proie.

samedi 1 juin 2013

Parution du premier numéro de la revue THE BLACK LIST



La revue poésie & art THE BLACK LIST vient de paraître. Au menu : textes de Xavier Forneret, Bruno Lemoine, Julien Blaine, Jacques Rebotier, Christophe Esnault, François Dominique, Jean-Clarence Lambert, Joachim Montessuis, Saïd Nourine, Didika Koeurspurs (Didier Caillera), Mathias Richard, Jean-Yves Bosseur. Dessin, image, photo : Riches Douaniers, Eric Madeleine, Dorothée Selz, Mickaël Valet et Mathieu Arbez-Hermoso. Conception graphique et impression Risograph :Tout Va Bien.



Pour commander la revue, 

écrire un mail à cette adresse : h.approximatif@live.fr

ou, par courrier, à : Bruno Lemoine, 2, impasse Tabourot-des-Accords, 21000 Dijon.
ou, par téléphone, au : 06 13 17 06 93.

La revue est à 10 euros.
20 exemplaires numérotés à 20 euros.

samedi 18 mai 2013

Montage de mon exposition à Budapest par le poète Franck Fontaine



CAVE CANEM Galéria - Kálmán Imre utca 16 - 1054 Budapest



Bruno Lemoine / THE BLACK LIST 

Avec l’atelier graphique « tout va bien », Les Riches Douaniers et Eric Madeleine 
20  mai – 5 juin 2013
ouvert sur rendez-vous
Vernissage le 20 mai à partir de 19h 

vendredi 10 mai 2013

Exposition - Galerie Cave Canem - Budapest

CAVE CANEM


CAVE CANEM Galéria - Kálmán Imre utca 16 - 1054 Budapest



Bruno Lemoine / THE BLACK LIST 

Avec l’atelier graphique « tout va bien », Les Riches Douaniers et Eric Madeleine 
20  mai – 5 juin 2013
ouvert sur rendez-vous
Vernissage le 20 mai à partir de 19h 

Bruno Lemoine ouvre le bal de la première saison de Cave Canem avec un manifeste et la revue THE BLACK LIST qui a vu le jour au centre d’art Le Consortium à Dijon. Il s’agit bien ici, avec lui, de manifester, d’insérer un autre usage du faux, de remettre sur la table le faux avec une maïeutique qui répond vertement. De vêler dans le réel. De remettre les masques en conscience pour disparaître dans le possible qui plisse la figure. La liberté d’usager le faux comme question à l’encontre de l'administration contemporaine du monde qui limite le vrai à une réponse légaliste. Première exposition donc et début des hostilités.

Bruno Lemoine est écrivain, il a notamment publié Matachine et L'après-journal Nijinski, aux Éditions Al dante. Ainsi qu'un scénario pour ArteRadio, la web radio de la chaîne de télévision Franco-Allemande. Il anime entre autre un blog à cette adresse : http://v-imaginaire.blogspot.hu/

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Bruno Lemoine / THE BLACK LIST 

A « tout va bien » grafikai stúdió és a Les Riches Douaniers csoport közreműködésével
Eric Madeleine
2013. május 20. - június 5.
megtekintés előzetes időpontegyeztetés után
Megnyitó: május 20., 19 órai kezdettel
A Cave Canem Galéria első évadnyitóján Bruno Lemoine kiáltványát, illetve az eredetileg a Le Consortium elnevezésű dijoni művészeti központban útjára bocsátott THE BLACK LIST folyóiratot mutatja be. A kiáltvány arra arra szólít fel, hogy az alkotóval együtt értelmezzük újra, s egyúttal állítsuk a középpontba  a hamisítvány fogalmát, hogy a maieutikus módszer (a szókratészi bábáskodó kérdezés) hatására színt valljon és a maga valójában jöjjön a világra. Mi pedig tegyük fel újra – immár tudatosan – a maszkot, s vonásainkat átrendezve lépjünk be a lehetséges tartományába, hiszen szabadságunkban áll a hamisítványt kérdésként szegezni szembe a világ igazgatásának bevett rendjével szemben, amely a valóságot csak akkor kész elismerni, ha jogi keretek közé szoríthatja azt. Tehát első kiállítás, és egyben: hadüzenet.
Bruno Lemoine író; többek között az Al dante kiadó által megjelentetett Matachine és a L'après-journal Nijinski című művek szerzője. Készített forgatókönyvet a francia-német adó webrádiója, az ArteRadio számára; egyben a W-imaginaire című blog szerzője.

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Bruno Lemoine / THE BLACK LIST 

In cooperation with the graphic design studio « tout va bien », Les Riches Douaniers and Eric Madeleine
20 May - 5 June 2013
please make an appointment to visit the Gallery
Exhibition opening on 20 May, beginning from 7pm
The first exhibition of the first season at Cave Canem will feature Bruno Lemoine's manifesto and the magazine, THE BLACK LIST, launched at the art centre, Le Consortium, in Dijon. The manifesto calls for a new interpretation of the notion of the fake and, using the method of maieutics, to interrogate it to have its true nature emerge. It also calls on us to - consciously - put the mask back and rearrange our features to enter the domain of the possible, as it is in our liberty to juxtapose the fake with the contemporary global administration that uses a legalized system to limit the true. Thus the first exhibition is a battle cry....
Bruno Lemoine is a writer, author of works such as Matachine and L'après-journal Nijinski, published by Al dante, as well as a script for the French-German TV channel's web radio, ArteRadio. He is the author, among others, of a blog at W-imaginaire.