mardi 18 janvier 2011

Parution de "Nous, La multitude"


Anthologie poétique établie par Françoise Coulmin, aux éditions "Le temps des cerises"
De la multitude en poésie, des voix des poètes à celles de la rue, dont un extrait de mon Livre ouvert qui, comme son nom l'indique, ne peut être qu'un livre en chantier.

Un texte remarquable de Serge Pey, à ce sujet, extrait de Lèpres à un jeune poète, paru l'année dernière, à Délits éditions :

Le site de Serge Pey, pour les curieux :

Parution à l'occasion du festival Temps de parole 2011 et l'association La voix des mots à Dijon :

Bonne lecture.


dimanche 12 décembre 2010

L'aube

Kouros de Thèbes

À Jean-Clarence Lambert



Regarde le sourire du Kouros

virgule posée horizontale sur la ligne d’horizon

de grands yeux blancs comme des soleils


Aurore

bruits de vie

rosée

des algues bleues dans la clairière


Nous recueillons la rosée

de sa bouche

soleil et lune dans le ciel

draps étendus blancs dans les prés


Nous recueillons la rosée

dans l’herbe des champs

inventons des jardins


Signes au milieu de Lignes

Temps étendue blanche

Temps étendue blanche

− Mère vient à l’horizon −

l’oraison des astres frappe nos tempes


Nous vivons dans un livre d’emblèmes,

un très vieux livre d’emblèmes aux pages jaunies par l’été


Mère vient à l’horizon,

Kouros vient


Sophie vient et nous porte à manger

le repas de deux chênes

leurs ramures emmêlées par l’amour


− Ouverture posée lèvres couleur sang le bonheur passe !


Les signes s’inventent au sol et s’échangent au ciel

Simples simples et clairs à la lune au soleil


Regarde le sourire de Bouddha

ou de l’archange Saint Michel

au portail de Notre-dame


Une mère, une vierge

une vierge-mère apparaît

et offre des mots à manger au poète

depuis la nuit des temps

Les mots sont des signes se levant droit

au printemps et traversent le mal

Les mots sont des signes jetés

à la lune au soleil


Signes en oraison aux Astres

levés droit sur le sable de la page

pour sauver Osiris Dionysos ou Nommo,

le dieu jumeau dogon,

déchiqueté par son père,

Amma, le dieu créateur


Joue

Jour

Nuit

Nue


Sur les cimes,

un vol d’oiseaux chante aux vents les noms des hommes

pour qu’ils les oublient

et que les dieux reviennent manger à leur table


Agape !

Agape !

Spasme des cœurs !

Brouhaha !


Les oiseaux chantent au vent le nom des hommes

au retour des dieux

une femme leur apporte à manger


− Spasme des terres, souffle des lèvres !


Tandis que les eaux font leur nid à nos pieds,

un enfant venant de l’Est s’approche de nous

et déclare :

« Nous ne maîtrisons rien,

tout est en équilibre sur tout. »


La statue d’un Kouros sourit à la vie depuis la nuit des temps

La statue d’un Kouros sourit à la vie depuis la nuit des temps

La statue d’un Kouros sourit à la vie depuis la nuit des temps


Un enfant naît,

un seul pris parmi les autres pour sa mère

morceau de glaise jeté dans l’espace


Le cri

le cri primal

ouverture du corps comme jamais

même après l’orgasme


Jet de glaise

mouvement culminant arrêté dans sa course


Un enfant naît,

son ombre est projetée sur un cadran solaire

au centre d'un labyrinthe


Il est midi

il est minuit

jeudi 9 décembre 2010

Le voyageur et l'ascète

Saint Siméon, le stylite


Un voyageur atteignant aux abords d’une cité

arrive devant un ascète qui médite à sa porte.

Interroge le voyageur, interroge, dit, comment

est la cité, dis, comment est la cité, dis comment ?

L’ascète répond, et comment, la dernière traversée ?

Le voyageur répond, horrible,

l’ascète répond, ici aussi.


Un autre voyageur arrive aux abords de la cité,

croise l’ascète qui médite à sa porte.

Le voyageur interroge, dit comment

est la cité, dis, comment est la cité, dis comment.

L’ascète répond, et comment, la dernière traversée ?

Le voyageur répond, magnifique,

l’ascète répond, ici aussi,

l’ascète répond, ici aussi.


Un voyageur atteignant aux abords d’un ascète

arrive devant une cité qui médite à sa porte.

Interroge le voyageur, interroge, dit, comment

est l’ascète, dis, comment est l’ascète, dis comment.

La cité répond, et comment, le dernier traversé ?

Le voyageur répond, horrible,

la cité répond, ici aussi,

la cité répond, ici aussi,

la cité répond, ici aussi.


Une autre cité, qui arrive aux abords d’un ascète,

croise le voyageur qui médite à sa porte.

Interroge la cité, interroge, dit, comment

est l’ascète, dis, comment est l’ascète, dis comment.

Le voyageur répond, et comment, le dernier traversé ?

La cité répond magnifique,

Le voyageur répond, ici aussi,

le voyageur répond, ici aussi,

le voyageur répond, ici aussi,

le voyageur répond, ici aussi.


Ainsi se croisent,

chaque heure,

voyageur, cité et ascète,

comme bancs de poissons sous la mer,

sans que nul n’imagine

que la cité est le rêve du voyageur

et que le voyageur est le rêve de l’ascète.


J’ai écrit ce poème,

aujourd’hui, douze décembre 2010.

Dans quelques jours,

un autre que moi écrira le même.


Sur la route,

nous traversant l’un et l’autre,

nous ferons semblant

de ne pas nous reconnaître.





dimanche 26 septembre 2010

Babelle (3)

Détail du portail de Notre-Dame de Paris


« « Ah ! »,

s’écrie Dante ou le soleil ou toi-même à la vue de Béatrice montée sur le griffon,

« Ah ! »,

dites-vous en regardant voler les étoiles,

« Ah ! »,

font les étoiles en vous regardant voler,

puis B, puis C, puis…

Elles écrivent maintenant & inventent pour vous de nouvelles cosmogonies,

de nouveaux dieux, de nouveaux temples ouverts aux vents.

− Viendra un temps où les hommes apprendront aux étoiles à jouer. »


*

mercredi 22 septembre 2010

Babelle (2)


New Babylon, Constant


« Vous naissez un jour, reprend .le.soleil.ou.le.ciel.ou.vous-même.,

& vous apprenez une langue & vous apprenez une histoire
que vous devez connaître.

Non que cette langue & que cette histoire soient des attributs de ce que
vous êtes,
mais elles sont des outils, des moyens par lesquels vous pouvez accéder au bonheur.

D’autres voies du bonheur sont possibles,
d’autres sources de plaisir sont à trouver,
d’autres outils sont réalisables.

Faites en sorte de vous affranchir de votre langue & de votre histoire,
si vous en êtes captif,
car la vie n’est pas un travail, mais un jeu.

La seule connaissance que vous avez à vous transmettre est celle du jeu.

Les Chinois appellent cette connaissance le I Ching & les Grecs, le Kairos.

Mais il y en a d’autres, il y a une infinité de jeux.


Vous n’avez pas d’autre rôle sur terre que de jouer, de vous appliquer au jeu & d’inventer de nouvelles règles du jeu. »



*


« Regarde le ciel & la course des étoiles,

cherche leur mouvement

derrière la lumière qu’elles émettent,

la force qui détermine leur danse,

tel un doigt poussant une bille,

regarde.

Cherche quelque chose
ou

ne cherch e r ien,

mais regarde.

Applique-toi à contempler le monde,
ainsi que l’a fait Edgar Poe dans
sa cosmogonie Euréka.

Trouve l’origine & la fin des mondes,
puis jette un cri :

« J’ai trouvé ! »

ou

« Je suis ouvert ! »

ou

« Ah ! »

Le cri que tu jetteras, sera dikhr,
mot, poème, mantra, chant d’oiseau.

Cherche le cri du « J’ai trouvé ! »

Invente de nouveaux dikhr, de nouveaux mantras,
de nouveaux chants d’oiseau.

Invente de nouvelles cosmogonies :
la course des étoiles changera avec toi-même.

Crie : « Ah ! »,
la course des étoiles change avec toi-même.

Les savants ne savent même pas aujourd’hui
si origine il y a,

les savants ne savent rien sur le début et la fin du monde,

donc joue. »


٭

dimanche 19 septembre 2010

Babelle (1)


Babelle


À Adolfo Kaminsky


La Terre est à tous les hommes, chacun d’entre eux pourrait y

vivre dignement & faire le tour des continents, voir les métropoles :

Paris, la vieille dame & la disciplinée Tokyo à l’urbanisme chaotique,

lire le plan d’une ville qui change ra demain, le relire les jours suivants

& se dire que * monquartierchangeramillefoisdurantmavie *


J’ignore ce qu’il y a après lam ort , j’ignore même si un mot comme


.L .A.M. O.R.T.

a un sens

ou si

D.I.E.U.Y. A.H.V.E.B.R.A.H.M.Â.

sont mes pères.


Je me rappelle mes 1 8 ans (Je dis 1 8 ans, aujourd’hui, alors que j’en ai 35)

mon père a dit que je l’avais frappé. (Je ne l’avais pas réellement frappé ;

il voulait aller jusqu’au bout de notre relation, i l vo u lait : « v o ilà

tout ce que je t’ai fait, et, maintenant, c’est à to i. »), et il a hurlé dans

son appartement : « IL-M’A-FRA-PPÉ ! », tandis que ma main l’avait juste frôlé.


La jeunesse dit : « Je veux, nous voulons. », elle est une prière à la vie,

et son désir est aussi beau que .l’acceptation .à .tout.ce.qui.est .


٭


Nous sortons des ventres des mères

& nous goûtons au soleil.

Chaque jour, le soleil vient

& il sourit aux hommes.

Sans raison, il leur dit :

« Pourquoi es-tu ici ?

Pourquoi reviens-tu tous les jours dans la même maison ?

Pourquoi fais-tu partie d’un peuple, d’une famille ? Pourquoi as-tu une mère ?

« Chaque heure du jour ondoie son n imbe d e l u mièr e sur ta p eau.

« La terre est à tout le monde,

chaque homme, chaque peuple,

a le droit d’y circuler librement.

« C’est moi, la mère de la terre,

c’est moi qui l’ai fait ce qu’elle est.

Crois-moi : circule en son sein librement, dévore-la sans remords.

« La terre est un pays de cocagne.

Pourquoi devrais-tu faire la guerre ? Quelles raisons à vos frontières ?

Je suis le seul hôte que vous devez accueillir, je suis l’unique raison aux limites de vos champs,

& je ne vous ai jamais demandé l’hospitalité

& je ne vous la demanderai jamais.

« C’est moi, ton père et ta mère, si tu le souhaites, dis-toi que c’est moi.

Aime celui qui te fait du bien, durant ton enfance, dis-lui, * Mon.père. * ou * .ma.mère. * , si c’est ce qu’il veut entendre,

mais lui-même est issu des astres, et, en tant que tel,

n’a pas à revendiquer appartenir à une famille.

Chacun d’entre vous est lepèrelamèreoul’enfant de qu i il sou haite. »



*


,Il n'y a pas d'étranger pour ce qu'il en est de l'homme"

.poursuit maintenant le soleil


L’endroit où vous naissez est le fruit du hasard, votre vie même est un réseau

de


-c-

-ir-


-c-

-ons-

-tances-

dont vous croyez reconnaître des signes et des vérités dans ce que vos géniteurs vous ont transmis

mais vos familles, tout autant que les frontières de vos nations,

sont les inventions des poètes.

Chaque homme, chaque peuple doit pouvoir circuler librement & n’a pas à se faire reconnaître sur sa route

« Vous n’avez pas à vous désigner par * -un.nom. *,

de même que vous n’avez pas à demander

* -un.nom. *

à celui que vous rencontrez.

Chacun d’entre vous est libre de se * -nommer * et de * -nommer * les êtres et les choses, selon ses goûts.

Il n’y a nulle signature au commencement ou à la traversée de je ne

sais quelle histoire

aucun sulfurélémentaloucivilisation avant pendant & après vous.

Par rapport au firmament, chaque grain des étoiles dans la nuit

renvoie votre image à votre gré :

l’orbe du monde est un

.

qui n’a nulle dimension

dans l’espace


,Quelle vanité que de rechercher une mesure aux hommes & aux choses

? au proche & au lointain

Vous ne vous appartenez pas plus que la terre ou le ciel ne vous appartiennent.


Les maisons que vous bâtissez sont autant des lieux de passage

.pour vous que pour l’étranger qui vous demande l’hospitalité

Laissez-lui les clés de la maison, quand il arrive à votre porte

demandez-lui l’asile le gîte & le couvert, dès qu’il passe le seuil

et quittez-le, le lendemain, après l’avoir embrassé sur la bouche,

reprenez sa route, reprenez la promenade devotreamidevotreamant,

là où il l’a laissé, en remerciant le ciel de ses bontés.


Je suis moi-même issu de la maison du ciel

,je change avec lui chaque fois les liens qui nous unissent &

de sorte que, me regardant tournoyer,

vos yeux glissent inlassablement

de m lui deoim

de moi à lui,

à lui,

du bleu profond de son cerne

,à l’éclat blanc de ma pupille

".tel le libre jeu des vagues sous la mer

٭

jeudi 9 septembre 2010

Ghérasim Luca 2010


« − Caméra, regarde :

J’ai une carte d’identité française,

je suis blanc, je suis noir,

je vivrai de sept à soixante-dix sept ans,

mais toi, tu ne me reconnais pas.


− Soixante-dix sept ans,

soixante-dix sept ans, te répond alors Anubis,

tes parents envoient leur cercueil au Maghreb

ou au Machrek,

et toi, tu mourras ici.


Soixante-dix sept ans,

vingt-huit mille cent cinq jours,

674 520 heures,

40 471 200 minutes,

2 428 272 000 secondes,

4 856 544 000 respirations potentielles,

et pendant ces 4 856 544 000 respirations potentielles,

pendant que le fleuve de la vie te traverse entre Inspir et Expir,

tu penses : « Je suis un indigène de la République »

et tu n’as pas lu Ghérasim Luca,

tu ne connais pas Ghérasim Luca.


− Caméra, regarde :

Je suis Amok, fou furieux, forcené,

4 milliards de souffles à brûler.

Tu ne me vois pas,

je cours trop vite,

tu ne m’enregistres pas.

je ne suis pas un indigène de la République,

je ne suis pas français,

je ne suis pas arabe,

je ne suis pas israélien,

je ne suis pas Ghérasim Luca,

je n’ai pas de nation,

je n’ai pas de drapeau,

je ne suis pas un héraut,

je ne suis pas un poète,

je suis Amok,

et mes mots courent plus vite que le souffle,

courent plus vite que les drapeaux,

courent plus vite que les nations,

courent plus vite que Sion, l’Umma, l’Huma,

courent

courent

courent

courent

courent

courent

courent

courent

courent

courent

courent »