lundi 18 mai 2009

Le livre ouvert : les règles du jeu




Bonjour F.,

J'ai bien reçu 3 fioles contenant un liquide que j'ai bu en pensant "schnaps" ; je crois que cela a trait lié à la photographie de tertre ou terre-plein que je t'ai envoyé de Tokyo. J'ai aussi reçu un poème de toi provenant d'un blog. Je vais mettre ce blog sur mon blog dans la rubrique "Liens amis". Mon blog s'appelle w-imaginaire, il se lit, se consulte, s'ouvre et se referme. Cela me permet de me relire aussi. Peut-être que j'en tirerai quelque chose, un de ces jours.

Je t'ai aussi envoyé un texte qui est plutôt un jeu que j'essaie d'installer. Le jeu s'appelle Le livre ouvert, une machine/fiction, ou quelque chose d'approchant. Le jeu est assez nouveau, le texte est inédit, c'est à dire que je pense qu'il ne trouvera pas d'éditeur.

Voici les règles du Livre ouvert :

- Tu trouves une maison qui te plaît.
- Tu m'envoies la photographie de la maison.
- Tu écris un texte non plus pour un éditeur, mais pour l'homme ou la femme, propriétaire ou locataire de la maison.
- L'homme et la femme, propriétaire ou locataire, devront être ton (ou tes) lecteur(s) privilégié(s).

- Tu commences un texte dans lequel le propriétaire de la maison est un personnage ou plusieurs.

- Tu écris un texte comme une enfant joue avec une maison de poupées.

- Tu envoies le texte à la maison.

- Tu sonnes quelques jours plus tard.


Si tu es content de toi, tu peux m'envoyer le texte.

Le texte peut donner suite à un jeu nouveau entre toi et le propriétaire ou locataire de la maison.


- Dis-moi ce qu'il en ressort.

- Envoie-moi le texte.

L'expérience est la seule qui m'intéresse encore un peu en littérature.
Pour le reste...

A bientôt.

Bruno Lemoine

lundi 4 mai 2009

Le livre ouvert, une machine/fiction




Il s'agit d'écrire une histoire pour une maison, comme on écrit une histoire pour un roman.
Et bientôt, l'angoisse de la page blanche devient l'angoisse de la maison.

dimanche 26 avril 2009

La machine fictionnelle

La guerre des mondes d'Orson Wells


La machine fictionnelle



J’appelle Machine fictionnelle une machine dont l’auteur émet la fiction qu’il a produite hors des réseaux culturels et des rites d’interaction prévus à cet effet. Une machine fictionnelle n’est donc pas nécessairement un produit culturel et commercial, ni même forcément un produit ; il n’y a plus de producteur et de consommateur au sens habituel du terme. Le lecteur ou le spectateur ne sont plus libres de recevoir la fiction émise par la machine fictionnelle, mais ils la rencontrent sur leur route et ils l’acceptent ou ils la subissent.

Le storytelling est une machine fictionnelle ancestrale. Naturellement, le fait de raconter les histoires et les légendes des aïeux d’une famille au Mali, quand on est un griot, n’est pas le même type de storytelling que celui auquel se soumet un cadre dans un stage que lui a payé son entreprise ou un militaire dans une simulation virtuelle de conflits, mais ni le cadre ni le militaire, ni même le Malien, ne sont libres de recevoir un tel type de machine fictionnelle, puisque l’initiative de l’achat d’une telle machine ne leur revient pas. Le Malien reproduit les gestes culturels de ses ancêtres, le cadre et le militaire reproduisent les gestes que le manager ou l’armée veulent leur faire produire.

Un hoax est aussi une machine fictionnelle. Un hoax est un canular informatique sous forme de mail ou de lettre-chaîne. Ici, une assimilation de la machine fictionnelle avec la machine littéraire surgit couramment : si les poèmes anecdotiques de Mallarmé et le mail-art sont des machines littéraires, les poèmes de Mallarmé ne sont pas des machines fictionnelles et le mail-art ne l’est pas nécessairement. Ainsi, en mars 2008, les éditions è®e ont publié un livre intitulé Hoax. Certains textes publiés par è®e sont de véritables hoax envoyés par des inconnus sur les boîtes-mail de particuliers et certains ont été commandés par l’éditeur à des auteurs. Les premiers textes sont des machines fictionnelles, puisqu’ils vont à l'encontre des principes de l’hospitalité, les seconds textes sont des machines littéraires au sens que Deleuze et Guattari ont donné à ce terme, à savoir des agencements énonciatifs complexes dessinant les formes du désir. Les machines littéraires, qu’elles soient des ritournelles, de la littérature terroriste, des manifestes ou des utopies, s’inscrivent dans des cadres de communication qui les précèdent, elles font partie de réseaux et sont le signe de liens communautaires plus ou moins manifestes. Or la machine fictionnelle est le plus souvent un court-circuit dans les réseaux de communication courants et n’est donc pas nécessairement littéraire.

La pièce radiophonique d’Orson Wells, La guerre des mondes, est une machine littéraire qui est aussi une machine fictionnelle. En 1938, de nombreux New-Yorkais prirent une pièce de théâtre radiophonique pour un journal qui annonçait l’invasion de la Terre par les Martiens. Ici, comme pour le storytelling, la machine fictionnelle était devenue un simulacre. La première pièce radiophonique à avoir été une machine fictionnelle en France fut celle de Gabriel Germinet et s’intitulait Marémoto. Diffusée en 1922, Marémoto était même la première pièce radiophonique à être émise en France et elle fut aussitôt censurée par le Ministère de la marine pour avoir fait entendre le naufrage d’un paquebot à travers les SOS émis de ses deux transmetteurs. Douze ans plus tard, Germinet émettait sur les ondes un snuff-movie qui fut aussitôt censuré, Great Guignol. La pièce Great Guignol faisait entendre le suicide d'un comédien sur la scène d'un théâtre et jouait de la mise en abîme entre comédien/personnage, réalité et fiction. Sur Internet, le snuff-movie est, à mon sens, la machine fictionnelle moderne la plus remarquable, parce qu’il joue des ambiguïtés propres à la Cène christique : est-ce vrai ? faux ? est-ce un cadavre ou simplement du pain azyme ? Nul ne sait.

Le recueil de lettres, Levée d’écrous, du poète Ghérasim Luca est une autre forme de machine littéraire fictionnelle qui s'adresse directement à un inconnu sans qu'une réponse ne lui soit possible. Deux ans après son arrivée à Paris, Luca rédigeait jour après jour vingt-trois lettres à un inconnu qui furent adressées par une amie à un destinataire anonyme tiré par elle au hasard. Voici la première de ces lettres :

« 6 novembre 19…

Monsieur,

On éprouve parfois, comment dirais-je, une sorte de pudeur illusoire et fondamentalement négative à prononcer votre nom ou tout simplement vos initiales.
Donnez-moi plutôt votre nombre, votre pénombre…
Mais quelles sont au juste vos qualités ?
L’homme doit arriver à voir l’air dans ce qu’il pense. »

Il s’agit même de la plus belle machine fictionnelle produite à ce jour, parce que, si les principes de l’hospitalité ne sont pas respectés, le don poétique de Luca reste gratuit et d’une générosité inégalée.

À ma connaissance, deux cinéastes ont fait le rêve de transformer leur film en machine fictionnelle ; il s’agit de David Lynch avec le début de Lost Highway et Michael Hanneke avec son film Caché (même si le début de Caché est largement influencé par Lost Highway de Lynch) : un homme trouve, dans sa boîte aux lettres, une cassette-vidéo. En visionnant la cassette, il constate qu’un individu a filmé l’intérieur et l’extérieur de sa maison… Mais, en littérature comme au cinéma et au théâtre, la machine fictionnelle ne peut être qu'un rêve, parce que l’individu est un spectateur conscient de ce qu'il va voir. Il n’y a donc aucun élément de surprise ou de provocation, tout est convenu à l’avance. En art action comme en poésie action, la question des machines fictionnelles est même totalement occultée, alors qu’elle devrait être primordiale, et pour cause. La machine fictionnelle pose une question proprement inattendue, celle d’une hospitalité absolue, de celle qu’aucune maison d’édition ni aucun centre d’art ne peut entendre…

« J’ai oublié mon nom, m’sieur, j’ai perdu mon nom, et c’que j’fais, c’est KK. Laissez-moi rentrer dans votre maison d'éd. vot' galerie. J’vous aime bien, vous savez. Mais, après m’avoir accueilli, je cracherai en partant sur la seule chose sale que j’aurais vue chez vous, et, cette chose, ce sera vous... Davance, merci » Diogène

mercredi 22 avril 2009

Attila Joszef - A coeur pur





Le septième


Si tu veux vivre sur cette terre,
que sept fois enfante ta mère !
Dans une maison qui brûle, puis
dans la marée glacée et puis
dans l'asile des aliénés,
dans de doux champs de blé fléchi,
dans un courant désert et puis
dans l'étable, la porcherie
six à vagir du pourquoi ?
Que le septième ce soit toi !

Que si l'ennemi vient te prendre,
vous êtes sept à vous défendre,
Un qui sort en permission,
un qui finit sa mission,
un qui, gratis, enseigne aux gens,
un qu'on jette à l'eau - va nageant !,
un qui est le germe des bois,
un pour qui l'aïeul guerroie,
ruses et feintes ne suffisent pas, -
que le septième ce soit toi !

Si tu désires une amante,
qu'il y en ait sept qui l'aimantent.
Un qui donne son coeur d'un mot,
un qui paye chaque service à flot,
un qui feint d'être le songeur,
un qui court les jupons sans peur,
un qui va trouver la jarretelle,
un qui foule aux pieds la dentelle, -
ils tournent autour, comme les hyènes,
c'est à toi d'être le septième !

Si tu rimes à perdre haleine,
soyez sept pour le poème,
Un qui construit en marbre un bourg,
un qui est né dormeur toujours,
un qui pèse le ciel et approuve,
un devant qui le verbe s'ouvre,
un qui creuse son âme gaiement,
un qui dissèque le rat vivant.
Deux vaillants, quatre savants même, -
c'est à toi d'être le septième !

Et si tout est conforme au texte,
descendez au tombeau à sept.
Un qui se bercera au lait pur,
un qui s'accrochera au sein dur,
un rendra le bol vide à temps,
un fera le pauvre triomphant,
un oeuvrera, raison traquée,
un chérira la lune, braqué :
tous sous la tombe le monde entraîne !
Et toi, tu seras le septième !


Attila Joszef/ A cœur pur
Poésie rock

Denis Lavant (interprète)
Kristina Rady (traduction)
Serge Teyssot-Gay (guitare)

éd. Fictions et Cie/Seuil







vendredi 27 mars 2009

Photomatic

Vidéo Lucie Mercadal + Bruno Lemoine

1 ou 2 ou 3 images de soi, donc, passant et repassant sous la ligne verte de la photocopieuse.

1 ou 2 ou 3 images de soi, donc, passant et repassant sous la ligne verte de la photocopieuse.

Vous mettez en boucle pour ça, si ce n'est déjà fait. Pas le temps pour... , blasé, désabusé, lavé, nettoyé.

La vidéo a une histoire, était prémonitoire,

chaque geste que l'on fait, répercuté en ondes/écho à travers le temps, oui...

... Elle met l'image dans le potocopieur pour 20 cents appuie sur le bouton vert et recommence...

... Elle met l'image dans le photocopieur pour 20 cents apuie sur le bouton vert et recommence...

Chacun de nous est une image pour autrui, une image et rien d'autre.

jeudi 12 mars 2009

Seiji Shimoda - Nipaf 2009


















Voici Seiji Simoda, un artiste performer japonais très connu en Asie. Seiji Shimoda est le directeur du NIPAF, un festival international de performances qui a lieu chaque année au Japon. En tant que festival, le NIPAF cherche avant tout à présenter des artistes asiatiques, mais il est ouvert à toutes les nationalités comme à tous les courants, aux professionnels comme aux étudiants en art. C'est un grand workshop dans lequel essais, tentatives, expériences de laboratoire sont les bienvenues. Il semble qu'aucun a priori ne soit là pour freiner tel geste ou tel acte. Vous êtes là, libre, un lieu vous est prêté, une audience paraît disposée à tout voir comme à tout entendre. Que faites-vous de votre corps ? Comment s'ouvre-t-il, maintenant que vous êtes libéré des contraintes du quotidien ? Est-il généreux et disposé à donner ?
Le corps de Shimoda est nu, mais il n'est pas érotique ; aucun désir ni attente ne le tendent, pas de motivation ni de but. Cela n'est pas de la danse pourtant, cela n'est pas Nijinski. Chez Nijinski, le don de soi se trouvait dans le saut, la grâce était un don du ciel. Ici, le corps de Shimoda se dénoue, se déroule au plus près du sol, avec la lenteur que met un arbre à pousser. Et un arbre comme un corps en soi ne signifient rien, le temps et les saisons sont abolis quand ils poussent. Nous ne sommes témoins de rien d'autre, maintenant, que du mouvement de notre respiration et des pulsations de notre coeur, comme une mère peut être attendrie en regardant son enfant jouer.


dimanche 8 février 2009

Action Lucie Mercadal au Japon - Nipaf




Le Nipaf est un festival de performances qui a lieu au Japon. Ici, vous voyez Lucie, ma compagne, que je vais rejoindre dans quinze jours. C'est très difficile de décrire une action, me semble-t-il. C'est comme tenter d'expliquer un livre ou un film, mais, en plus, il y a un facteur espace et temps dans une performance, qui échappe aux deux autres. Il y a des images, il y a des vidéos, certes, mais généralement une action est un art de l'éphémère ; vous l'avez vu, cela se passe une fois et ne vit que dans la mémoire de ceux qui étaient là. C'est un mandala, mais dont les règles du jeu ne sont pas religieuses ou cultuelles. C'est peut-être ça, mon idée de l'art action, mais cette idée-là n'engage que moi et, demain, je suis certain d'en avoir une toute autre...

Ici, vous voyez Lucie en train de monter des figurines représentant des petites Lucie funambules qui vont avancer sur un fil. Bientôt, d'après ce qu'elle m'a dit, elle montera sur la table pour faire avancer ses marionnettes en équilibre précaire.

Voilà pour la vie.

(Quelle est donc cette phrase de Jean Genet comparant l'écriture à l'art du funambule ?)

Bientôt, c'est moi qui monterai sur un fil, pour la rejoindre.

Au revoir.