dimanche 7 décembre 2008

Soirée Manifesten


Soirée Manifesten

Le mercredi 10 décembre 2008

au théâtre de l'union

à 18 h. 30

entrée libre


Action 1 # Texte aux encordés
(Performance-installation. Création. Durée - 30 min.)

Le texte aux encordés
a été conçu à partir d'une performance d'Eric Madeleine, Do not across, présenté en 2000 pour le club de Sade et en 2001 à la villa Médicis : deux hommes sont reliés à une corde à double-nœud et tirent chacun de leur côté. Bruno Lemoine a ajouté à cette performance deux micros et la prolonge avec des textes, dont la nature poétique s'affronte douloureusement à l'épaisseur radicalement bornée d'une boîte vocale. Cette réflexion sur l'incommunicabilité s'appuie sur la relation épisodique que certaines personnes peuvent avoir avec la boîte vocale des ASSEDIC ou de l'ANPE. Cette performance où les corps et les paroles tentent de se mouvoir comme sur un ring, illustre les difficultés d'interactions à travers les mots : la parole devient ce qui sépare et le discours, ce qui aliène.

Bruno Lemoine
(né en 1981) est auteur. Il est un fan d'Arthur Cravan et conçoit la poésie comme un match de boxe. Il aime les Sex Pistols, Wire, Fight Club et il adore se battre avec le public. Dernier livre paru : L'Après-Journal Nijinski (Al dante, 2008)

Eric Madeleine (né en 1968) est plasticien et performeur. Son travail relève de l'art-action. Il se définit lui-même comme "sculpteur de compétence et producteur de gestes". Dans son oeuvre, le corps est omniprésent et devient acteur social de l'espace qu'il occupe. Il met ainsi en place des "Habitudes-fictions", qui consiste à perturber les comportements, les attitudes et la fonction d'une personne par l'introduction de nouveaux codes.
Dernière exposition personnelle : Changer de point de vue sans tourner la tête, à Albi, au LAIT (Laboratoire Artistique International du Tarnes).



Action 2 # Plan de situation : Sélestat
(Performance-conférence. Prod. : Frac Alsace. Durée : 89 mn)

Tentative quelque peu utopique de description exhaustive de la ville de Sélestat et de ses habitants, cette conférence-performance ouvre en même temps sur des horizons tels que la mondialisation, l'urbanisme, la condition ouvrière ou simplement humaine, sans oublier ni le canoë-kayak ni la fabrication des brosses à dent. Un récit d'explorateur sérieux et ludique qui s'amuse à questionner la validité de nos repères et de nos représentations face à l'infinie complexité du réel. Entre "one-man-show" humoristique, leçon de géographie et discours engagé, voilà une drôle de "conférence" qui offre un regard joyeusement décalé et frais sur notre quotidien.

Till Roeskens
(né en 1974) est plasticien. Ses deux obsessions de départ sont le regard et l'errance. L'artiste s'exerce à de nombreuses tentatives de description. Il discourt sur les images en interrogeant ce qui nous est donné à voir, ce que nous sommes capables de voir et ce qui échappe au regard. Il pose de multiples tentatives d'orientation et de positionnement pour trouver ou retrouver un chemin ou une position sur la carte du monde.

En ce moment en résidence à Marseille. Travail en cours : Plan de situation #6 : La Joliette.



Théâtre de l'Union - 20, rue des Coopérateurs - 87000 Limoges. Tél. 33(0) 555 79 74 79














dimanche 23 novembre 2008

Events d'Eric Madeleine aux marchés de Rungis - jeudi 27 nov. 2008


Rugbymen removers, Centre d'Art Le Lait,
Castres, 2007


L'idée doit être assez simple, naïve, un soupçon devant la traverser : l'homme est sujet, acteur, actant. D'où éthique, morale, responsabilités, and so on...
- L'homme est sujet.
- Ah oui ?

D'où L'Homme-objet comme concept.

...La question doit être assez simple, naïve, celle que pose un enfant à ses parents....
- L'homme est sujet ?...
...Mais est-ce vraiment un concept ?

Un jour, l'étudiant Eric Madeleine a eu l'idée de devenir L'Homme-objet, aux Beaux-Arts de Caen. L'idée semblant assez facile à réaliser, une ascèse en un signe : Faire signe, un point c'est tout
.

Il se fait appeler Made in Eric, ou "Tout fabriqué en Eric", Homme-signe, Homme-table, Homme-micro, Homme-chaise, Homme-caleçon, Homme-la-liste-est-longue, Homme-inventaire-des-mots-valises-avec-le-mot-homme... se fait louer par des particuliers ou des institutions. Est reconnu pour son travail en 90. (Le travail étant ici une économie des moyens, une épure ou les planches et les tréteaux des Copiaux. Pas de mise en scène , pourtant, pas de représentation. L'épure est maximale.

Un corps

.)

Puis Made in Eric décide de retourner son travail comme un gant, et redevient Eric Madeleine.

C'est alors, en 2000, le corps des autres qu'il inventoriera, ce qu'ils sont de part leurs fonctions, métiers et compétences, ou "Comment le corps des autres devient un objet ?" Après avoir détourné la fonction sujet et objet en un geste minimal : je suis un mot-valise, je fais la chaise, la table, le garage à vélos, la pancarte d'interdiction sur une pelouse, etc., ce sont les corps de métier, ou "le corps des autres de part leur métier", qui devient mot-valise.

- Renversement du détournement des fonctions : "Mon corps est un travail et un produit et un mot-valise", puis : "Corps de métier est un mot-valise".

Un hockeyeur devient balayeur dans un parc :
Hockeyeur-balayeur,

mais aussi :

Rugbymen-déménageurs

Pongistes-métronomes

Cycliste-trapéziste

Masseuse-charcutière

Coiffeur-jardinier

Etc.


La pratique du détournement de fonction ressemble à celle de l'ingénieur en formation créant un référentiel compétences, à celle du manager par les compétences créant son plan de formation pour entreprises fusionnantes, au rêve d'un Krach fusionnant, ou Carnaval mondial, ou Potlatch contemporain, (la pratique du détournement de fonction peut être ainsi un mode contemporain pour exorciser le spectre de la crise. (Car nous sommes et resterons des primitifs :

le krach est un autre nom pour tohu-bohu.

Alors, il faut quelque chose d'aussi grand et d'aussi imposant que les marchés de Rungis pour faire la Fête, il faut le Grenier de l'Europe, il faut l'un des plus grands marchés mondiaux, il faut une inauguration, comme celle en vue des 40 ans des marchés de Rungis, pour un Carnaval qui devrait durer six mois, deux saisons, et qui ne durera malheureusement qu'une nuit,. iI faudrait un Potlatch dans les marchés de Rungis contre le Krach-cataclysme, il faudrait une fête à en faire craquer les chambranles de l'ordre du monde, et non pas ce retour saisonnier guerre-grève-vacances-manif.-crise-krach-guerre... Le même que celui de la Première, le même que celui de la Deuxième, le même que...

Le 27 novembre 2008, Eric Madeleine détournera le marché de Rungis.






vendredi 17 octobre 2008

wall street



" Je veux avoir des millions pour faire craquer la Bourse. Je veux ruiner la Bourse. Je déteste la Bourse. La Bourse est un bordel. Je ne suis pas un bordel. Je suis la vie, et la vie est l'amour pour les gens. La Bourse c'est la mort. La Bourse dépouille les pauvres gens qui y apportent leur dernier argent pour en avoir plus, dans l'espoir d'atteindre leur but dans la vie. J'aime les pauvres, c'est pourquoi je jouerai à la Bourse pour détruire les boursiers. Les boursiers sont ceux qui jouent à la Bourse avec des sommes immenses. Les sommes immenses sont la mort, c'est pourquoi les sommes ne sont pas Dieu. Je veux gagner de l'argent à la Bourse, c'est pourquoi, un de ces jours, j'irai à Zurich. Ma femme me presse d'aller à Zurich pour voir un médecin des nerfs, pour faire examiner mon système nerveux. Je lui ai promis 100 000 francs si elle a raison de dire que mes nerfs sont dérangés. Je les lui donnerai si le docteur voit que je suis malade des nerfs. Je ne lui donnerai pas si elle perd. Je n'ai pas cet argent, mais je lui ai promis. Dieu veut que je joue à la Bourse. Je jouerai, mais pour ça, il faut rester quelques semaines à Zurich. J'irai à Zurich un de ces jours. Je n'ai pas d'argent, mais j'espère que ma femme m'en donnera..."

Cahiers, Nijinski

lundi 6 octobre 2008

L'après-journal Nijinski



Parution de mon roman utopique, L'après-journal Nijinski, chez al dante, ce mois-ci. Si vous trouvez, d'autres utopies publiées en librairie en 2008 ou 2009, laissez-moi un commentaire sur ce blog.

Le vingtième siècle a été le siècle des utopies, en art, en science et, évidemment, en politique ; mais, curieusement, l'utopie, comme genre littéraire, est absente du catalogue des éditeurs. D'autres genres sont, bien sûr, absents du catalogue des éditeurs. J'en affectionne particulièrement un qui a été inventé par Beckett pour le théâtre : c'est la foirade. Mais il y a aussi, en littérature, la fantaisie qu'Hoffmann affectionnait. Il y a, en fait, beaucoup de genres littéraires non catalogués par l'Université et les éditeurs.

Pour un écrivain, la difficulté de l'écriture d'une utopie n'est pas dans sa rédaction, mais après coup, lorsque le livre est achevé. Un roman ne change pas un auteur, un poème ne change pas un poète, une utopie le change. Après l'invention d'une utopie, la forme-même d'un livre n'est plus viable, un auteur ne se reconnaît plus dans ce qu'il écrit, mais dans ce qu'il s'autorise à faire : dans le geste libre.

L'après-Journal Nijinski, en tant que roman, raconte l'histoire d'un danseur étoile, Etienne, qui voudrait être Nijinski, qui, lui, se prenait pour Dieu. Comme la peréquation des vies est impossible dans nos cultures, comme une identité ne s'échange pas d'un individu à l'autre, que cet individu soit vivant ou mort, Etienne imagine une utopie dans laquelle le partage des vies entre les hommes serait devenu monnaie courante : une révolution des masques, telle qu'elle a eu lieu à Venise à l'époque de Casanova, mais qui serait devenue permanente.

Ce blog, W-imaginaire, est dédié à cette révolution permanente des masques.
Voici les premières pages de L'après-journal Nijinski :

" Lettre à l’éditeur

Tu n’es pas un éditeur et je ne suis pas un écrivain. Aucun homme ne devrait te forcer à n’avoir qu’un seul masque et aucun poète ne devrait passer par le biais de l’écriture pour devenir l’image qu’il entend être, car l’écriture est un leurre, elle ne donne le désir d’être autre qu’en enfermant ce désir dans du papier ; l’écriture est un enfant avorté, un masque d’homme perdu pour son auteur. Tu es Nijinsky, si tu le souhaites, ou une araignée, un sphinx, une pierre observant l’horizon, le mouvement continu de la matière et la lumière vive qu’elle recèle. Tu es Nijinsky, car tu n’as jamais été plus libre d’endosser n’importe quel rôle.
Un rôle est une vie, une vie est le cheval Bucéphale qui a peur de son ombre ; monte-le face au soleil.

Tu es le plus grand danseur que le XX° siècle a possédé, né à Kiev en Russie en 1890 et mort fou à Londres en 1950, ta femme s’appelle Romola Nijinsky et le maître de ballet qui t’a donné ta chance, Diaghilev. Quand tu arrives à Paris, tu obtiens un succès retentissant : tu es le premier danseur étoile reconnu en Europe. Cette situation nouvelle au monde est une charge qui te laisse épuisé, mais, en même temps, te transporte : Saint-Pétersbourg, Monte-Carlo, Paris, Londres, Berlin, New York, tu apprends les principes de l’ubiquité correspondant aux nouveaux aiguillages impériaux, et ton saut fait croire en l’attente des âmes sur terre jusqu’au spasme, envol que ni Roland Garros ni Neil Armstrong ne surpasseront jamais.

Tu as monté L’Après-midi d’un faune et Jeux d’après une musique de Debussy, ou Le Sacre du printemps de Stravinsky. Tu as inventé une nouvelle écriture chorégraphique et entrevu les possibilités que, demain, le cinéma permettra à la danse.

Tu as conçu l’écriture chorégraphique comme étant un journal et le journal comme une écriture chorégraphique ; tu t’es imaginé écrivant, vivant, dansant ta vie dans un acte compulsif, chaque homme après toi devant compulser, écrire et danser, selon ta notation, L’Après-midi d’un faune, Jeux ou Le Sacre du printemps, chaque homme devenant créateur et créature dans un même élan, puisque chaque homme étant toi.

Tu as dessiné le Journal, les Cahiers, L’Après-Journal et des mandalas que tu ne m’as jamais montrés, mais dont je me souviens.

La folie t’emportant toujours, aucun homme de lettres n’écrira ton tombeau.

Bruno Lemoine "

samedi 13 septembre 2008

Pompino™ la sucette qui rend beau



Pompino, la sucette qui rend beau est une performance d'Eric Madeleine et Bruno Lemoine, avec marionnettes de silicone en forme de mains et castelet.
Eric Madeleine a conçu l'installation et Bruno Lemoine a écrit le texte.

Cette performance aura lieu samedi et dimanche prochains à Ivry-sur-Seine, lors de la journée du patrimoine.

Pompino, la sucette qui rend beau sera représentée plusieurs fois au parc des Cormailles à Ivry, les 20 et 21 septembre 2008.

Pour de plus amples informations :
www.pleinsfeux.ivry94.fr

Pour avoir un avant-goût du travail d'Eric Madeleine :
www.ericmadeleine.com



Venez nombreux, avec vos enfants !


Pompino est un spectacle pour les petits et les grands !




mercredi 3 septembre 2008

La migration des monarques


Papillons monarques


Lucie est partie jeudi dernier pour un mois ; après, je ne la reverrai plus que quelques jours, puis elle vole pour six mois au Japon. Lucie est étudiante aux Beaux- Arts de Dijon et assistante d’une professeur et artiste, Lydie Jean-Dit-Pannel. Pendant un mois, à Montréal, les deux femmes vont filmer le départ des monarques pour leur migration.


Le monarque est l’un des plus grands papillons au monde et le seul à migrer. C’est un papillon aux ailes orange et noires, brillantes comme un vitrail de Rouault en plein jour. Lydie est vidéaste et fait le tour du monde depuis quelques années pour prendre des séquences de Babel, la geste des hommes et des animaux, de Las Végas en Amérique latine et en Asie, ou l’Aleph du poète Carlos Argentino ; ce qu’elle nomme le Panlogon.


Le Panlogon est le discours Panique ou nom "Dit-Pannel". À la source, le préfixe Pan ! est le bang ! du flingue et l’ouverture totale, la dilatation jusqu’à point de rupture des tissus vivants. Lucie a peur, parce que Lydie fait du body art et tatoue, à chaque point visité de la carte terrestre, un monarque sur son corps. De sorte que les vidéos et le corps de Lydie semblent former un poème tantrique, ou évocation, sur la peau des couples initiés aux Tantras, des liens symboliques entre le Microcosme et le Macrocosme. Un poème nouveau, pourtant, puisque l’acte d’amour n’est plus médiatisé par le verbe et la transcendance, mais par l’image en mouvement.


Lucie a peur de filmer le départ de Lydie-Monarque et de faire partie du voyage, mais elle sait que l’union charnelle de la femme et de l’ange est à réinventer chaque fois et que Théorème de Pasolini n’est pas un film, mais un théorème.


dimanche 3 août 2008

Onomastique Bruno Lemoine (copyright)



1760 : Casanova adopte le titre de chevalier de Seingalt :

« - Eh ! comment ce nom vous appartient-il ? – Parce que j’en suis l’auteur ; mais cela ne m’empêche pas que je ne sois aussi Casanova. […] – Comment peut-on être l’auteur d’un nom ? […] – L’alphabet est la propriété de tout le monde ; c’est incontestable. J’ai pris huit lettres et je les ai combinées de façon à produire le mot Seingalt. Ce mot ainsi formé m’a plu et je l’ai adopté pour mon appellatif, avec la ferme persuasion que, personne ne l’ayant porté avant moi, personne n’a le droit de me le contester, et bien moins encore de le porter sans mon consentement. »

(Pléiade, II, p. 882)